Les classiques de la subversion : Daniel Guérin, « Homosexualité et Révolution »

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Sujet central de ses derniers écrits, Daniel Guérin a toujours relié sa bisexualité à son engagement militant. Sa révolte née de l’intolérance à l’homosexualité l’a conduit à une révolte contre la société dans sa globalité : « La révolte est l’école primaire de la révolution ».

Dès l’âge de 15 ans, sa sexualité se construit par une attirance à l’égard des hommes, et notamment des jeunes prolos, alors que lui-même est issu de la grande bourgeoisie. Il met en garde contre ses détracteurs : il n’est pas devenu révolutionnaire parce qu’il a couché avec des ouvriers mais il explique que ce rapprochement lui a permis d’embrasser leur cause en saisissant réellement ce qu’était l’injustice de la société de classe. Dans la guerre de classe, Guérin explique avoir changé de camp au contact de ses camarades et parfois amants.

Ce lien que fait subtilement Guérin entre homosexualité et révolution est remarquablement amené. S’appuyant sur le rapport Kinsey, Guérin démontre tout d’abord qu’il n’existe de pas de sexualité monolithique uniquement hétérosexuelle ou homosexuelle, mais une multitude de sexualités variant de l’un à l’autre.

Le capitalisme a construit la valeur famille par le biais de la morale bourgeoise afin de reproduire la force de travail. Ce joug des valeurs domestiques, créant une division des genres, soumet la femme au pouvoir de l’homme, écrasant la sexualité de chacun. Elle ne pourra être vaincue que par une révolution changeant la société dans son intégralité. Le patriarcat, le préjugé raciste tout comme le préjugé homophobe ne pourront disparaître que grâce à une révolution sociale anti-autoritaire. Cela est appuyé par des exemples historiques. Lors de la révolution russe, et jusqu’à l’écrasement des soviets par les bolchéviques, les femmes étaient considérées comme les égales des hommes dans la lutte pour l’émancipation du peuple, et l’homosexualité n’était absolument pas stigmatisée.

Après avoir analysé le lien entre homosexualité et Révolution, Guérin revient sur les luttes d’émancipation des homosexuels nées dans les années suivant Mai 68, ainsi que sur les perspectives de ces mouvements. Il évoque notamment le Front homosexuel d’action révolutionnaire (Fhar), puis le Groupe de libération homosexuelle politique et quotidien (GLHPQ). Toutefois Guérin manifeste son inquiétude quant au futur de ces luttes. Il redoute la commercialisation, la ghettoisation et le sectarisme de la mouvance homosexuelle « qui va à contre-sens du décloisonnement social, de l’universalité bisexuelle ». Daniel Guérin, visionnaire, perçoit déjà que le sida sera instrumentalisé afin de raviver le préjugé homophobe. Il précise « un brutal retour de flamme pourrait succéder à l’actuelle permissivité, et d’autant plus aisément que cette régression serait accompagnée sur le plan politique par un retour en force de l’extrême droite ». Ecrits en 1983, ces mots sont plus que jamais d’actualité.

Flo (AL Montpellier)

Daniel Guérin, Homosexualité et Révolution, Les Amis de Spartacus, 2013, 80 p., 9 euros

 
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