Les personnes trans, oubliées du confinement

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Même si beaucoup d’associations LGBTI continuent à offrir une ligne d’écoute pour les personnes en détresse, les solidarités concrètes sont brisées pendant le confinement. Une fois encore, les personnes trans font partie des victimes de ces mesures étatiques. Non prises en compte dans les calculs du gouvernement, leurs éventuels besoins spécifiques sont silenciés, invisibles. Un tour d’horizon de la situation.

Un accès aux soins compliqué

Le système de santé étant saturé avec la crise du COVID-19, l’accès aux soins médicaux a été réservé aux besoins prioritaires. Évidemment, la question de ce qui relève ou non de la priorité est laissée à l’appréciation de personnes qui s’intéressent peu aux besoins des minorités de genre. Plusieurs personnes trans qui sont sous traitement hormonal témoignent ainsi que leurs consultations médicales soit de début de transition hormonale (les consultations sont obligatoires pour avoir accès aux prescriptions), soit de renouvellement d’ordonnances pour les hormones, ne sont pas considérées comme prioritaires, ne leur laissant ainsi pas l’accès aux traitements dont elles ont besoin. D’autres personnes trans ne font pas de transition hormonale, mais souffrent néanmoins d’un manque d’accès aux soins du simple fait d’être trans. C’est encore plus compliqué lorsqu’il s’agit de trouver des infirmiers et infirmières pour réaliser les injections lorsque les personnes faisant une transition hormonale n’ont pas appris ou ne peuvent pas le faire seules. Évidemment, les diverses opérations de réaffirmation de genre, étant considérées comme non-vitales, ont été reportées jusqu’à nouvel ordre. Cependant, ces opérations permettent souvent de répondre aux difficultés liées à la dysphorie de genre, et aucun dispositif n’a été mis en place pour pallier ces besoins spécifiques.

Une santé physique et psychique menacée

La transphobie et l’exclusion sociale amenant souvent des parcours de vie difficiles, plusieurs personnes trans ont besoin d’un suivi psychologique ou psychiatrique. Très régulièrement d’ailleurs, les personnes trans sont psychiatrisées de force, et ce processus violent et infantilisant est souvent le seul moyen pour elles d’avoir accès à un soutien psychologique. Or, le confinement amène une rupture des soins psychiatriques qui touche bien plus largement que les seules personnes trans, mais qui impacte directement ces dernières. Ce suivi peut s’avérer d’autant plus nécessaire que le confinement amène parfois, comme nous l’avons mentionné plus haut, des difficultés d’accès aux hormones. Or, un bouleversement hormonal par arrêt de traitement peut empirer grandement le ressenti du confinement. Plus grave encore, le confinement amène de nombreuses personnes trans, en particulier les personnes jeunes, à être enfermées avec des familles transphobes, les exposant à des violences psychologiques et physiques récurrentes.

Les réponses non-institutionnelles aux besoins des personnes trans sont également difficiles

Hors temps de crise, plusieurs réseaux de solidarité trans permettent d’échapper partiellement au parcours de soin autoritaire auquel les personnes trans sont soumises pour accéder aux traitements hormonaux dont elles ont besoin. Ainsi, il existe des partages de testostérone ou d’oestrogènes, permettant d’éviter le fichage ou l’autoritarisme de médecins pouvant décider qui est légitime ou non pour accéder à ces traitements. D’autres moyens existent d’ailleurs, comme la fourniture d’hormones via le darknet. Ces solidarités et ces partages sont bien évidemment brisés par le confinement, laissant plusieurs personnes en proie à leur dysphorie ou à leur mal-être. Or, les accessoires (binders, packs, etc.) qui pourraient permettre de gérer cette dysphorie sont également difficiles d’accès. La plupart sont fabriqués à l’étranger, majoritairement aux USA, et ne peuvent donc pas être livrés en ce moment.

Il est donc absolument nécessaire d’entendre et de comprendre les besoins spécifiques des personnes trans, et de permettre l’émergence de solidarités qui répondent, au moins partiellement, à ces besoins. La verticalité du système de santé prive les personnes trans de soins nécessaires à leur bien-être et nuit aux initiatives autogestionnaires de communautés déjà précarisées. Penser des solidarités locales, autogérées, est de toute première nécessité. Nous signalos d’ailleurs que certaines associations comme Acceptess-T ou Espace Santé Trans s’organisent pour apporter une partie de ce soutien.

Commission antipatriarcat, le 9 mai 2020.

 
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