Afghanistan sept ans après : Ni la sécurité, ni la démocratie

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Les justifications avancées par les puissances occidentales à leur invasion militaire de l’Afghanistan, déclenchée le 7 octobre 2001 étaient de deux ordres : la lutte contre le « terrorisme » et la restauration de la « démocratie ». Au regard de ces intentions, quel bilan peut-on tirer de cette intervention, sept ans plus tard ?

D’année en année, la présence militaire occidentale s’accroît pour atteindre 70 000 hommes. Mais, plus le temps passe, plus s’accroît l’intensité du conflit, plus explosent les pertes humaines occidentales (de 68 tués en 2002 à 232 en 2007 et 200 pour les 8 premiers mois de 2008) comme le nombre des victimes afghanes. Durant les cinq premiers mois de 2008, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan a fait état de 698 civils tués, contre 430 pour la même période en 2007. Les 700 militaires supplémentaires envoyés par Sarkozy vont simplement contribuer à accélérer ce processus.

Les racines de cette situation sont nombreuses et profondes. « Le premier résultat de la disparition des talibans a été le retour à la fragmentation politique. On compte aujourd’hui sept pouvoirs régionaux significatifs et des dizaines de petits groupes qui contrôlent quelques villages ou un bout de vallée, souvent avec une force armée très réduite » [1].

L’évolution de la société afghane est entravée par cette renaissance des seigneurs de la guerre, par la corruption qui en résulte, par la production d’opium, source de leurs financements : cette culture atteint aujourd’hui des niveaux records (6100 tonnes en 2006 et 8200 tonnes en 2007). Cette économie mafieuse se traduit par une insécurité croissante pour les afghans confrontés au retour des groupes armés y compris à l’intérieur de certaines villes comme Mazar-i Sharif, ou plus encore Qandahar et Djalalabad.

Dégradation

De plus l’opium concurrence la production de céréales, de fruits et légumes : En 2007, 193 000 ha ont étés accaparés par la production de pavots. La raréfaction de denrées alimentaires sur le marché intérieur est bien réelle et transforme l’Afghanistan en importateur de fruits, de céréales et de légumes nécessairement plus chers.

Ainsi la population dans sa majorité connaît une dégradation de ses conditions de vie depuis l’intervention occidentale. 70 % de la population vit avec moins de 1 dollar par jour et 80 % des Afghanes et des Afghans n’ont ni eau courante ni électricité. Le chômage est massif et une majorité n’a pas accès à une alimentation suffisante.

L’amélioration réelle de la scolarisation, en particulier pour les filles qui en avaient été exclues par les talibans, ne pèse pas vraiment lourd dans ce tableau noir. Et même si dans certaines provinces, les femmes se sont vu reconnaître quelques droits, elles restent globalement soumises à la tradition islamique la plus sévère. Qu’elles soient sunnites comme les Pachtounes et les Tadjiks ou chiites comme les Hazaras elles doivent disparaître sous la burqa.

Le pays s’enfonce dans le bourbier de la guerre, de la corruption, de la misère, de l’insécurité. La brutalité de l’occupation, les multiples « bavures » renforcent l’opposition aux occidentaux et à son allié, le gouvernement Karzaï, même parmi les secteurs de la population qui n’approuvent pas les talibans.

Jacques Dubart (AL Agen)

[1Gilles Dorronsoro, Cultures & Conflits n°44

 
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