Culture

Lire : Del Rey et Benasayag, « De l’engagement dans une époque obscure »

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Le livre paru en 2011 est réédité en version poche depuis 2017. Une belle occasion de lecture de ce texte qui interroge les évidences militantes et propose de nouvelles approches.

D’abord il y a le titre, faussement explicite : premièrement, l’époque ici est moins une période entre deux dates, que le paradigme qui la définit (mythes, croyances, projections etc.). La nôtre a un mythe central, celui de nos sociétés actuelles qui ne sont que des sommes d’individus. Derrière s’y cache une illusion tout aussi ancrée, celle qui fait croire aux individus en la maîtrise de toute leur vie et «  destinée  ».

Deuxièmement, l’obscurité  ; le propos des auteur·es est de rappeler que cette notion n’est pas celle, subjective, de degrés de luminosité «  mentale  », allant de la tristesse au bonheur (individuel). Dans le livre, l’obscurité est l’impuissance des contemporain·es d’une époque, à dépasser des négations (idéologies dominantes, formes de gouvernances, etc.) de la vie (humaine, sociale, animale etc.). Par cet état de fait, la majorité de ces contemporain·es ne se projette pas dans des possibles contre carrant les négations de la vie.

Ces deux notions explicitées, les auteur·es nous livrent une thèse très intéressante, commençant par la critique de l’engagement-transcendance (celui des militants et militantes tristes). Celui-ci est la forme de militantisme héritée des deux siècles derniers. En ce qu’elle reste dans des représentations «  religieuses  » : une promesse (religions, idéologies etc.), faisant advenir un paradis (religieux ou humaniste), à travers un sujet (messies, prolétariat etc.) et l’histoire connaîtra sa fin pour l’éternité. Quand le paradis tarde à venir, ou que le sujet tarde à se conscientiser, l’activiste triste perd la foi, et maudira l’humanité en reniant tous ses engagements.

Autogestion et animation

À ce type d’engagement les auteur·es proposent, l’engagement-recherche, celui dans lequel s’inscrivent déjà différentes composantes du mouvement libertaire. La notion d’animateurs et animatrices des luttes que l’Union communiste libertaire revendique trouve ici entièrement son sens : «  Nous promouvons une conception autogestionnaire du rôle d’animateurs et d’animatrice des luttes. [...] l’intervention autogestionnaire est nécessairement contradictoire puisqu’elle tend, en même temps, à l’autodirection des mouvements par ceux et celles qui luttent, à la prise de parole par tous et toutes, et à la responsabilisation collective. Cette dialectique vivante est nécessaire. »

Si le livre nous emmène à revoir des concepts de penseurs différents (Deleuze, Foucault, Spinoza etc.) mis au goût du jour, à (re)découvrir des expériences passées concrètes (Tupamaros), il est franchement à regretter le niveau global de rédaction, qui ne se donne pas les moyens d’une vulgarisation accessible au plus grand nombre.

Le livre est cependant à lire et les idées à partager, afin de se saisir de la complexité des situations d’engagements. Afin de rendre les propos de ce livre plus accessibles, des ateliers d’arpentage seraient les bienvenus.

Marouane Taharouri (UCL-Naoned)

  • Miguel Benasayag, Angélique Del Rey De l’engagement dans une époque obscure, Le Passager Clandestin, deuxième édition, 2017, 183 pages, 6 euros
 
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