Antipatriarcat

Réédition d’un classique : « Notre corps, nous-mêmes »

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Le très connu Our bodies, Ourselves sort en 1973 aux États-Unis, il sera un best seller du féminisme. L’édition française de 1977 trône dans toutes les permanences du Planning familial mais était depuis longtemps épuisée. Une version entièrement réécrite est enfin sortie le 20 février dernier.

En 1973 aux États-Unis paraissait Our bodies, Ourselves, un des livres les plus connus du féminisme : un manuel à visée encyclopédique « écrit par des femmes pour les femmes ». Il déconstruisait les normes, dénonçait les inégalités et les violences, et voulait développer la capacité des femmes à s’en défendre, à s’émanciper. L’idée était née au cours d’ateliers non mixtes de « conscientisation » et il s’inscrivait dans l’esprit du self help.

Suite à cette publication, un collectif de femmes a adapté le bouquin en France, et Notre corps, Nous-mêmes est publié en 1977. Depuis, Our bodies, Ourselves a été réédité à plusieurs reprises jusqu’à faire aujourd’hui 800 pages ; il a été traduit ou adapté en 35 langues ; il a par ailleurs été décliné sur d’autres sujets connexes, comme Nos enfants, nous-mêmes.

Connais-toi toi-même

De l’apprentissage du mépris de soi au suivi médical de la grossesse, des inégalités dans le travail salarié aux violences gynécologiques, des fuites urinaires aux violences sexistes et sexuelles, un nouveau collectif de neuf femmes d’âges, d’origines et d’orientations sexuelles différentes ont mis en commun leurs histoires, leurs réflexions, leurs expériences et leurs recherches pour réactualiser entièrement l’ouvrage.

Pendant trois ans, elles ont recueilli plus de 400 témoignages de femmes dans toute la France, à travers des groupes de parole non mixtes, dans des associations de femmes, des centres LGBT+, ou à travers des entretiens individuels. Non pas pour étudier et retranscrire de l’extérieur les pratiques et les ressentis des femmes, mais comme un projet politique d’émancipation et de réappropriation collective par les femmes de leurs savoirs sur leur corps, à l’encontre de l’habituelle confiscation du savoir féminin par une médecine machiste, normative et culpabilisante.

L’ouvrage est un manifeste de sororité : fourmillant de témoignages, jamais jugeant, il part de la diversité des expériences vécues ou subies par les femmes pour encourager une reprise de possession, de pouvoir. Utilisant la catégorie « femmes » comme une catégorie sociale et politique, les autrices, nouveauté par rapport à l’édition précédente, la croisent avec celles de classe, de race ; une grande place est également donnée aux questions de handicap.

Se découvrir pour mieux s’émanciper

Alors que la domination patriarcale est intégrée par toutes et tous dès la petite enfance, Notre corps, nous-mêmes veut être un outil d’autodéfense pour les femmes, un appel à vaincre nos sentiments d’illégitimité et de vulnérabilité, à nous autoriser à nous exprimer et à agir de façon autonome voire contradictoire à ce que la société attend de nous.

Un combat qui nécessite d’avancer conjointement sur les terrains individuel et collectif, une émancipation que chacune de nous doit se construire pour elle-même (on n’émancipe pas autrui), mais que nous ne pourrons atteindre qu’en la construisant ensemble et dans la lutte (ne nous libérez pas, on s’en charge !).

Adeline (Paris Nord Est)

  • Collectif NCNM, Notre corps, nous-mêmes, Hors atteinte, 2020, 24,50 euros.
 
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