Retraites : Si Macron a peur, c’est que nous pouvons gagner !

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Aucun doute sur la volonté de la bourgeoisie de briser définitivement les retraites solidaires, mais Macron sait qu’il marche sur des braises. La « réforme » attendue après les élections européennes est repoussée après les municipales et programmée pour être votée en juillet 2020 pendant les vacances... Salarié·es et libéraux, régime général et régimes spéciaux c’est tous ensemble qu’on pourra gagner. À nous de transformer la peur en déroute !

Ce n’est pas une « réforme » de plus. Avec la retraite à points, programmée pour juillet 2020, c’est la destruction définitive du système solidaire dont nous parlons. Il faut bien comprendre que la baisse de nos pensions de retraites n’est pas l’objectif en soi mais le moyen d’aboutir à trois objectifs stratégiques : allonger le temps de travail (à la semaine, au mois, à l’année, à vie... car c’est ainsi que le salarié produit plus de richesses) ; aligner le pourcentage du PIB consacré aux retraites sur la moyenne européenne (l’abaisser, donc) ; offrir l’immense gâteau des cotisations au secteur assurantiel et bancaire.

C’est ainsi que Delevoye, désormais ministre, évoque le calcul sur toute la carrière, car en intégrant nos premières années d’emploi avec des microsalaires, la baisse du salaire moyen de référence est automatique. Ce qui a évidemment pour conséquence la nécessité de travailler plus longtemps pour avoir droit à un départ sans décote. Que l’on retienne la formule d’âge pivot ou de trimestres supplémentaires ne change rien à l’affaire.

Avec la fusion du régime des indépendants (RSI) dans le régime général et la perspective de l’extinction des régimes spéciaux (sauf pour les flics et les militaires, le noyau dur de l’État !) tout le monde est concerné. C’est donc bien au-delà des seul·es salarié·es du régime général qu’il faut mobiliser. C’est d’ailleurs ce qu’ont compris les salarié·es de la RATP qui retrouvent subitement une combativité flamboyante, et les professions libérales qui ont tenu une première journée d’action plutôt réussie. Les journées d’action des 21 et 24 septembre, avec FO en solo d’un côté, CGT-Solidaires de l’autre, n’ont pas marché du tonnerre.

C’est donc une alchimie complexe qu’il faut faire converger. Les bénéficiaires des 42 régimes spéciaux seront probablement le moteur de la mobilisation à venir : ils ont le plus à perdre et peuvent avoir l’idée de gagner pour leur corporation, ce qu’il est plus difficile d’espérer à l’échelle générale pour les autres salariés.

Le corporatisme n’est un poison que s’il est égoïste

La disparition des régimes spéciaux est présentée par Macron comme le rétablissement d’une retraite juste pour tous et toutes. En fait il s’agit d’un alignement par le bas dans lequel personne ne sera gagnant ! Il faut gagner cette bataille de communication si nous voulons à la fois que les corporations se mobilisent, qu’elles entraînent derrières elles un mouvement général et qu’elles n’abandonnent pas la lutte dès qu’elles auraient obtenu une satisfaction partielle et provisoire !

Le corporatisme n’est un poison que lorsqu’il est égoïste ! Après tant de défaites au niveau général depuis 2010 sur les retraites ou les lois Travail, il est normal que les luttes se replient sur des périmètres plus restreints où les gens ont l’impression de maîtriser les enjeux et les possibilités de succès.

Bien sûr la lutte sera indispensable pour gagner. Mais notre problème pour les mois prochains est de la construire patiemment, pas de crier dans le désert d’autant plus fort que personne n’écoute ! Le champ syndical traditionnel, celui qui avait construit nos acquis depuis l’après-guerre, est un champ de ruines. C’est donc un travail de reconstruction qui est devant nous. Et il est possible que la violence des attaques néolibérales cumulées finissent par provoquer un sursaut populaire, ce que le mouvement des gilets jaunes a partiellement montré.

Jean-Yves (UCL Auvergne)

 
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