Perturbateurs endocriniens : « In pisso veritas »

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Les pisseurs de glyphosates (Lire Alternative libertaire, mai 2019) ont donné l’impulsion en faisant analyser leur urine et en montrant que nous sommes toutes et tous exposé·es à ce poison. Mais aujourd’hui, c’est officiel : une étude de Santé publique a mesuré la présence massive de polluants chimiques dans nos organismes.

L’étude de Santé publique France  [1], publiée mardi 3 septembre 2019, est basée sur la mesure de la présence de ces polluants dits « du quotidien » - en particulier des bisphénols, phtalates, parabens, éthers de glycol, retardateurs de flamme bromés, composés perfluorés – dans l’organisme des enfants et des adultes, auprès d’un large échantillon (1 104 enfants et 2 503 adultes) représentatif de la population française.

Ces produits sont « présents dans l’organisme de tous les Français » et « des niveaux d’imprégnation plus élevés sont retrouvés chez les enfants ». Ces imprégnations se font par l’intermédiaire, d’abord de l’alimentation, en particulier par l’intermédiaire des emballages en plastiques. Mais les produits cosmétiques et de soins, les divers aérosols et produits ménagers industriels, les matériaux pour les logements et le mobilier contribuent aussi à notre intoxication.

Ils sont caractérisés comme cancérigènes ou perturbateurs endocriniens, c’est à dire impliqués dans une grande variété de pathologies : obésité, baisse du quotient intellectuel, baisse de la fertilité masculine, cancers du système reproducteur, augmentation du risque d’avortements spontanés ou encore malformations fœtales. L’impact de ces produits n’est pas « chiffré » officiellement. Des indices existent d’un impact massif sur notre santé.

Ainsi une étude publiée mercredi 9 avril 2014 de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail chiffre à « près de 20 milliards d’euros par an en France […] le coût socio-économique engendré, au minimum, par la pollution de l’air intérieur »  [2], et « provoqueraient près de 20 000 décès prématurés chaque année ».

Autre façon d’aborder ces pollutions, celle du magasine 60 Millions de consommateurs : en analysant la plupart des sprays, désodorisants et nettoyants d’intérieur, elle a montré que la plupart contiennent des substances toxiques et demande l’instauration d’un « Ménag’ Score » qui classerait les produits ménagers en fonction de leur toxicité sur la santé et l’environnement. Une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe)  [3] quant à elle, incite à l’utilisation de produits « faits maison  ».

De telles solutions permettraient sans doute à la fraction privilégiée de la population de s’en tirer. Mais pour nous protéger tous et toutes il faut se battre comme le fait l’association Générations futures « pour faire de la disparition rapide des substances pointées par ces rapports de Santé publique France de notre environnement une priorité de santé publique absolue  ».

Jacques Dubart ( UCL Naoned/Nantes)

[1Santé publique France est un établissement public administratif sous tutelle du ministère de la Santé.

[2« La pollution de l’air intérieur tue et coûte cher à la France », Le Monde, 11 avril 2014.

[3Ademe, « Si on faisait le ménage dans nos produits toxiques ? » , 8 pages, 2019.

 
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