Syndicalisme

Aider une lutte « de l’extérieur » : la grève de la clinique du Parc

Version imprimable de cet article Version imprimable


À Nantes, la double mobilisation de réseaux syndicaux et féministes « extérieurs » à une entreprise ont contribué à sortir une grève de son isolement, et à emporter la victoire. Récit par des camarades de l’UCL impliqué·es.

La clinique du Parc est un petit établissement nantais d’à peine 50 salarié·es, spécialisé dans la psychiatrie. Elle a été rachetée il y a quelques années par un groupe privé ­d’origine australienne, Ramsay. Depuis, les conditions de travail se dégradent : non-remplacement des collègues en arrêt, sous-effectifs, salarié·es multifonction, absence de formation... Tout cela pour des salaires bien bas, gelés depuis des années : 1 130 euros net mensuels pour une aide-soignante avec cinq ans d’ancienneté et un week-end de garde par mois !

Comme souvent, ce n’est pourtant pas l’argent qui manque chez Ramsay France, avec un chiffre d’affaire de 3,4 millions d’euros, en hausse de 52 % sur un an.

Le 16 juin 2020, les salarié·es de la clinique se sont mises en grève, répondant à l’appel national pour la santé, au sortir du confinement. Pour beaucoup, il s’agissait d’une première. Tout l’été suivant, les salarié·es du Parc ont multiplié les débrayages avec piquet. Équipe très soudée, ambiance excellente entre ­collègues quels que soient les ­statuts : infirmier·es, aides-­soignant·es ou administratifs. Une détermination déroutante, bien loin du pessimisme de ­l’époque.

Gros hic cependant : les délégué·es du personnel (CGT) sont parmi les seuls non-grévistes ! Ils et elles tentent même maladroitement une conciliation avec la direction. Pourtant les grévistes sont toujours largement majoritaires, même si les réquisitions de personnel empêchent d’impacter réellement le fonctionnement de la clinique. Un cahier revendicatif est remis à la direction mais celle-ci le méprise.

Le 17 septembre, au soir d’une nouvelle journée d’action nationale, les grévistes décident, sans prévenir la directrice, de ne pas reprendre le travail le lendemain. La grève reconductible est lancée. Et, contre toute attente, elle va durer trente jours ! En face, une direction de combat qui ­finira par lâcher timidement une augmentation de 60 euros net mensuels et une prime de 100 euros. Une victoire en demi-teinte (pas si mal dans la période) mais une lutte exemplaire.

Des militantes et militants UCL y ont apporté leur aide, de quelle façon ?

L’outil syndical en première ligne

Dès l’été, des militantes et militants de l’UCL Nantes passent sur le piquet discuter avec les grévistes et exprimer leur soutien. Une démarche de base dont il ne faut pas sous-estimer l’importance. Outre le fait de permettre aux militantes et militants libertaires de garder les pieds dans la réalité des luttes et de leurs besoins, tout gréviste sait à quel point chaque témoignage de solidarité compte et encourage face à l’adversité.

C’est notre rôle de dire à notre classe qu’elle a raison de se défendre, que nos luttes sont légitimes et que ses difficultés sont partagées par des millions de salarié·es. Et lorsque c’est possible et/ou nécessaire, il faut savoir aller plus loin, pour mettre à disposition des grévistes des outils de lutte supplémentaires.

Et pour les communistes libertaires, l’outil syndical est un levier qui s’impose. Ainsi l’union Solidaires 44, que des camarades UCL participent à animer, et le syndicat SUD-Santé-sociaux vont agir pour faire parler de la grève dans la presse et dans les réseaux militants. Des syndicalistes de tous secteurs passeront ainsi régulièrement témoigner de leur soutien. Une caisse de grève est abondée par les syndicats, et près de 13 000 euros sont récoltés.

L’isolement est rompu grâce au travail des militant·es et le ­collectif gréviste se sent plus que jamais soutenu. La CGT, se rendant compte de l’inaction de ses élu·es, s’efforce de rattraper le coup en dépêchant des militant·es du secteur, qui seront une aide vitale grâce a leur solide ­service juridique.

Car en arrière-plan de la grève, se pose la question des réquisitions et de leur légalité. Grâce aux avocats de la fédération CGT-Santé, les réquisitions de la direction finissent par être annulées, ce qui entraîne la fermeture de la clinique, mettant véritablement Ramsay en difficulté.

Parallèlement à l’utilisation de l’outil syndical, le soutien aux grévistes a pu avancer par l’intermédiaire du collectif Féministes révolutionnaires, auquel des militantes UCL participent activement.

cc Didier Raynaud/Solidaires

Le féminisme de classe en action

Dès août, des militantes de ce collectif ont pu rencontrer des salarié·es de la clinique, à grande majorité féminine. Pourtant, se présenter comme collectif féministe auprès de salarié·es en lutte pour leurs conditions de travail ne va pas de pas forcément de soi. Mais la prise de contact a fonctionné, d’abord parce que le collectif s’était publiquement exprimé, pendant le confinement, sur les conditions de travail des femmes, notamment dans la santé. Reste que c’est le soutien quasi quotidien sur le piquet de grève, avec prêt d’un mégaphone, thermos de café, diffusion de l’info sur les réseaux sociaux et relais de la cagnotte, qui ont permis de construire la confiance.

Au terme de la mobilisation, une soirée de soutien aux grévistes du Parc a été organisée avec la présence de femmes grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles. Cette expérience montre l’appui que peuvent représenter des collectifs extérieurs lors d’une grève. S’ils ne peuvent se substituer à l’outil syndical pour construire le rapport de force, ils apportent un appui symbolique et matériel nécessaire pour tenir dans la durée. L’action du collectif Féministes révolutionnaires donne un exemple pratique d’un féminisme de classe, réactif, capable de faire le lien entre des grévistes et d’autres travailleuses, en dispensant une analyse féministe de la situation.

Les communistes libertaires ont donc pu, à leur modeste échelle, apporter un soutien concret et utile, tout en tissant des liens pour la suite. Ce soutien s’est fait en mobilisant leurs organisations syndicales ou féministes. Ces contre-pouvoirs peuvent fournir une aide juridique, financière et médiatique importante. Mais pour cela, encore faut-il contribuer à construire et animer ces organisations de manière autogestionnaire, dans l’optique qu’elles grossissent et aident à emporter des victoires pour notre classe.

Anna et Benjamin (UCL Nantes)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut