Dossier spécial Paris 1871

Bibliographie : Rougerie, Tombs, Thomas... le drapeau rouge à chaque page

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Témoignages, travaux d’historiens ou œuvres créatives, les ouvrages inspirés de la Commune de 1871 sont nombreux. Petite sélection pour entrer dans le sujet.

Jacques Rougerie, Paris libre 1871.

Cet ouvrage, rédigé par le grand spécialiste français de la Commune à l’occasion du premier centenaire, donne une vision centrée sur la vie au sein de la ville de Paris (qui est le fil rouge du livre), du début du siège par les Prussiens jusqu’à la Semaine sanglante. Il s’intéresse, de manière chronologique, aux idées et au programme de la Commune, et aux différents groupes politiques qui y ont joué un rôle. Pour cela, il s’appuie sur de très nombreux documents d’époque, permettant d’accéder directement aux textes, et donc de mieux cerner «  de l’intérieur  » les rapports de force, les décisions individuelles et collectives, et d’expliquer le déroulement des événements. Bien que la vision soit désormais un peu dépassée et complétée par d’autres approches, ce livre offre un bon recueil factuel (cartes, statistiques, documents) et chronologique pour illustrer l’histoire politique de Paris sous la Commune.

  • 304 pages, Seuil, 2004.

Robert Tombs, Paris, bivouac des révolutions. La Commune de 1871.

L’historien britannique Robert Tombs propose une histoire complète de la Commune. Interrogeant les faits et leurs successives interprétations, il analyse, toujours avec une extrême précision, évènements et décisions. La Semaine sanglante apparaît ainsi comme le « massacre fondateur » par lequel le régime va retrouver son attribut principal : le monopole de la violence légitime, et marque la fin d’un cycle  : c’est la Révolution française qui fait ses adieux à l’histoire. Le suffrage universel permettra ensuite de refuser le droit de se révolter, de le décourager et le vaincre en pratique. Un travail historique remarquable et des plus recommandables.

  • 480 pages, Libertalia, 2014.

Quentin Deluermoz, Commune(s) 1870-71. Une traversée des mondes au XIXe siècle.

Ce livre s’appuie notamment sur les archives de l’administration pour bâtir une histoire centrée sur la vie quotidienne dans les quartiers (comme le rendu de la justice) et les aspects matériels et sensibles de la vie sous la Commune. Mais l’auteur s’intéresse également au retentissement mondial de l’événement, tant du fait de la présence d’étrangers dans Paris, que de la couverture par la presse internationale. Il porte également un regard sur d’autres communes peu étudiées (Thiers, Alger), et sur les projets politiques imaginés durant la Commune. Ce livre ouvre donc de nouvelles perspectives, sur les différentes échelles spatiales ou sur l’analyse fine dans les quartiers.

  • 448 pages, Seuil, 2020.

Patrick Le Tréhondat, Christian Mahieux, La Commune au jour le jour. Le Journal officiel de la Commune de Paris (18 mars-28 mai 1871) .

La lecture du Journal officiel est un bon moyen de comprendre ces soixante-douze jours. On en trouve les éditions complètes sur Internet, et des extraits dans ce livre. Un voyage dans le quotidien de celles et ceux qui ont fait la Commune : de la réquisition des immeubles vacants à l’organisation de la défense militaire, des destinées de l’art aux fournitures scolaires gratuites, de la suppression du travail de nuit pour les boulangers aux solidarités venues de Marseille, Alger ou Londres…

  • 190 pages, Syllepse, 2021.

Raphaël Meyssan, Les Damnés de la Commune.

L’auteur mène une enquête personnelle suite à la découverte de son «  voisin communard  », Lavalette, un communard presque inconnu qui vivait dans le même immeuble que lui, à Belleville. En fouillant les archives, il découvre de nombreux personnages, et donne à voir le déroulement concret des événements, ainsi que les réalisations de la Commune. En s’intéressant à des parcours individuels, la bande dessinée donne une vision sensible de la période. Cette immersion est renforcée par le choix graphique  : des images adaptées des gravures de l’époque, avec l’ajout de textes ou de citations, sous forme de collages, qui lui permettent de représenter les événements (comme ces cases déchirées lors de la Semaine sanglante). L’auteur ajoute énormément d’éléments didactiques (une carte représentant les principaux lieux mentionnés dans chaque tome, ou la référence de toutes les illustrations utilisées).

  • 3 tomes, Delcourt, 2017-2019.

Vautrin et Tardi, Le Cri du ­peuple.

Cette bande dessinée adaptée d’un roman de Vautrin offre une vision de la Commune à hauteur de peuple. En suivant, à partir du 18 mars, l’enquête d’un inspecteur de police au sein de Paris assiégé, on s’immerge dans la population : argot, quartiers populaires et personnages réalistes incarnent la vie quotidienne de la capitale. Les grands événements offrent le décor, en noir, blanc et rouge, ­d’une ville bouleversée par la révolution. Résolument du côté des insurgés, l’ouvrage donne une vision sensible de la Commune et surtout, de celles et ceux qui l’ont faite.

  • Quatre tomes de 80 pages, Casterman, 2001-2004.

Édith Thomas, Les “Pétroleuses”.

Un livre qui, en 1963, rendit justice aux femmes en étudiant leur rôle, trop souvent ignoré et déformé, dans l’histoire de la Commune de Paris, à une époque où elles ne peuvent vivre seules de leur salaire sans le compléter par la prostitution, et où le mouvement ouvrier français, dominé par les idées proudhoniennes est hostile à leur travail et à leur indépendance. Elle décortique notamment la figure de la « pétroleuse » inventée pour salir les communardes.

  • 372 pages, L’Amourier, 2019.

Michèle Audin, Eugène Varlin, ouvrier relieur, 1839-1871.

Ouvrier relieur, organisateur de premier plan, Varlin participa activement à la Commune et fut assassiné lors de la Semaine sanglante. Ses écrits, ici rassemblés, couvrent une période plus longue. C’est une occasion à ne pas louper de (re)découvrir l’Association internationale des travailleurs, les premières coopératives ouvrières, les débats sur la place des femmes au sein du mouvement ouvrier, et surtout l’activité d’hommes et de femmes qui s’organisent à la fois pour améliorer leur quotidien et pour l’émancipation sociale.

  • 488 pages, Libertalia, 2019.

La Commune en dehors de Paris

Pour finir, quelques références sur le mouvement communaliste en dehors de Paris :
- Matthieu Rabbe, Les communards à Lyon. Les insurgés, la répression, la surveillance (Atelier de création libertaire, 2015)  ;
- Gérard Leidet, Colette Drogoz (coord.), 1870-1871. Autour de la Commune de Marseille. Aspects du mouvement communal dans le Midi (Syllepse, 2013).


Du côté des témoignages

Bakounine ou Marx ont écrit sur la Commune de Paris. Mais d’autres y ont participé avant de prendre la plume, de raconter les émotions populaires, les dilemmes politiques, de brosser le portrait des protagonistes. On pourra ainsi lire La Commune de Louise Michel (Éditions de la lanterne, 2019)  ; Histoire de la Commune de 1871 par P.-O. ­Lissagaray (Éditions du détour, 2018)  ; l’Histoire populaire et parlementaire de la commune de Paris, d’Arthur Arnoud (Klincksieck, 2018)  ; l’Étude sur le mouvement communaliste à Paris, en 1871 que Gustave Lefrançais rédigea dans son exil suisse (Klincksieck, 2018)  ; enfin les Notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris de 1871, de Jules Andrieu, qui restèrent inédites pendant un siècle (Libertalia, 2016).

Christian (UCL Banlieue sud-est), Hugo (Montreuil) et Ernest (Le Puy)


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Illustration : « zouave communeux », tirée de Bertall, Les Communeux. Types, caractères, costumes, Plon, 1880.

 
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