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Lire : Cole, Struthers, Zimmer, « Solidarité forever : histoire globale du syndicat Industrial Workers of the World »

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Il est des ouvrages qui sont précieux tant par leur contenu que par le projet éditorial ou scientifique qui en est à l’origine. Le présent ouvrage est de ceux-là. Peter Cole, David Struthers et Kenyon Zimmer, trois historiens étatsuniens ont réuni une vingtaine de contributeurs pour esquisser une histoire globale de l’IWW, syndicat emblématique du début du vingtième siècle dont le nom rayonne encore aujourd’hui à travers le monde.

Les militants et militantes de l’Industrial Workers of the World (IWW) que l’on surnommaient les Woblies furent à l’origine d’une tradition syndicaliste révolutionnaire pour lesquel·les le slogan «  An injury to one is an injury to all  » (une attaque contre l’un ou l’une d’entre nous est une attaque contre nous toutes et tous) s’entendait quelle que soit la couleur, la religion, le genre et bien entendu la nationalité.

Le nom même du syndicat portait cette exigence d’internationalisme  : pour la classe des travailleuses et travailleurs partout, tout le temps. Or jusqu’à présent l’histoire des Woblies a essentiellement été une histoire étatsunienne, ignorant tout un pan de l’activité de ces infatigables militantes et militants internationalistes. C’est cet oubli qui est aujourd’hui réparé avec cette histoire globale des l’action des Woblies hors des frontières des États-Unis.

le plus vaste mouvement transnational

Celle-ci commence logiquement par les influences transnationales qui marquèrent la naissance de l’IWW, en se replongeant dans le contexte de la toute fin du XIXe siècle et du début XXe, où les militantes et militants socialistes et anarchistes furent nombreux à traverser l’Atlantique.

Les anarchistes formaient alors le plus vaste mouvement transnational organisé par la base. Venu·es d’Europe ou du Mexique, ceux-ci prirent une part déterminante dans la naissance de l’IWW et l’élaboration de sa doctrine, mais également, et cela est moins connu, dans sa propagande à travers leur plurilinguisme et par leurs nombreuses publications à la fois sur le militantisme concret que sur celui du projet révolutionnaire et ce tant localement – et notamment auprès des prolétaires immigré·es – qu’à l’international.

Les échanges transnationaux sont l’occasion d’innovations, y compris dans le champ syndical. Ainsi on apprend, à travers l’exemple du sabotage, étroitement associé aux IWW et qui sera diffusé internationalement après 1918 à la suite de procès retentissants, qu’il a été importé aux États-Unis des pratiques du syndicalisme révolutionnaire de la CGT française.

Les échanges internationaux participaient à nourrir les pratiques et élargir les champs d’actions autant qu’ils construisirent une conscience de classe pour combattre le capitalisme y compris dans ses dimensions impérialistes et coloniales.

Sans entrer dans une liste à la Prévert, les différents chapitres (il y en a dix-neuf) de cet ouvrage dense sont autant d’aventures et de portraits individuels ou collectifs, des plus attendus – la luttes contre les préjugés raciaux dont on sait qu’elle fut au cœur de l’action de Woblies notamment dans le Sud des États-Unis, les combats menés dans les ports du Mexique ou bien en solidarité avec les ouvriers et ouvrières combattant·es lors de la Guerre civile espagnole – aux plus surprenants – telle l’action des Woblies de Nouvelle-Zélande en direction des Maoris ou encore le portrait d’Edith Frenette, une militante de base qui œuvra infatigablement sur la frontière entre les États-Unis et le Canada – qui nous entraînent dans une épopée qui méconnaît les frontières tracées par les États.

un syndicalisme radical et émancipateur

Dans un monde marqué par le retour des nationalismes et la fermeture des frontières, rythmé par les crises systémiques d’un système capitaliste toujours plus mortifère, cet ouvrage nous rappelle l’actualité du projet porté par les IWW, un syndicalisme radical, émancipateur et transnational soutenu par une forte conscience de classe. Avec Joe Hill partout nous déclamerons «  Don’t mourn, organize  !  » (Ne pleure pas, organise  !).

David (UCL Grand Paris sud)

  • l Peter Cole, David Struthers et Kenyon Zimmer, Solidarité forever  : Histoire globale du syndicat Industrial Workers of the World, Hors d’atteinte, 2021, 480 pages, 24 euros.
 
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