Syndicalisme

Commerce : se reposer le dimanche c’est un droit, pas un privilège !

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Cela fait déjà dix ans que le Clic-P fait bouger les lignes, à la fois dans le syndicalisme et dans le secteur du commerce. Un livre raconte ses batailles, les épreuves et les contradictions qu’il a dû surmonter.

Le commerce est un secteur professionnel particulièrement dur : rester debout toute la journée, parfois dans les courants d’air ou les odeurs de bouffe, servir le client (toujours avec le sourire) avec le regard d’un petit chef dans le dos, bosser le samedi, parfois le dimanche et les jours fériés…

Depuis la loi Macron de 2015, les commerces alimentaires sont autorisés à ouvrir le dimanche jusqu’à 13 heures, et toute la journée pour les magasins de bricolage et d’ameublement. Enfin dans les zones catégo­risées « commerciales » ou « touristiques » par arrêté préfectoral, tous les commerces peuvent être ouverts.

Le patronat du secteur fait un lobbying d’enfer pour repousser sans cesse les limites. Avec deux résultats immédiats : couler les petits commerces de proximité, qui n’ont pas les moyens d’ouvrir 7 jours sur 7 ; essorer les salarié·es qui acceptent de s’épuiser en heures supplémentaires pour arrondir leurs fins de mois.

Cette abolition du repos du dimanche, ce grignotage du temps de vie privée percute en premier lieu les salarié·es du commerce. Mais pas seulement. Mécaniquement, l’ouverture des grands magasins le dimanche se répercute sur d’autres professions, parmi les plus précaires : employés de la sécurité, femmes de ménage, livreurs… En banalisant le travail du dimanche, on en viendra peu à peu à considérer comme « privilégié·es » celles et ceux qui n’y sont pas encore astreints !

On l’aura compris, cette lutte contre l’ouverture le dimanche et l’extension des horaires est capitale. C’est le ­cheval de bataille du Clic-P, le Comité de liaison intersyndical du commerce parisien, fondé en 2010, et qui regroupe encore aujourd’hui quatre syndicats du secteur : CGT, SCID (ex-CFDT), SUD et Unsa.

Dans un secteur où le syndicalisme doit faire avec de maigres effectifs, cette démarche unitaire a produit une énergie inédite. Manifestations, actions en justice... le Clic-P n’a pas tardé à faire parler de lui. En 2015, il a fait condamner Monoprix à une astreinte de 750 000 euros pour avoir ouvert ses magasins après 21 heures. Dans la presse, il est devenu assez communément « le collectif qui fait trembler le commerce ».

Mais le Clic-P a également eu à gérer de cruelles contradictions. ­Ainsi, une partie du personnel du Sephora des Champs-Élysées en a vivement voulu au Clic-P d’avoir obtenu, en justice, la fermeture de leur enseigne à 21 heures maximum. Ils et elles ont estimé qu’on violait leur « liberté » d’empocher des heures sup’ au nom d’une rigidité syndicale « archaïque ».

Ce ne fut pas la moindre des épreuves qu’ont eu à surmonter les militantes et militants du Clic-P, parmi lesquels les bien connus Karl Ghazi (CGT) et Laurent Degousée (SUD). Mais le rôle du syndicalisme est de viser à l’intérêt général des salarié·es, fut-ce aux dépens de certains désirs particuliers.

Guillaume Davranche (UCL Montreuil)

  • Bruno Deporcq, Clic-P, l’intersyndicale qui fait trembler les enseignes, Syllepse, 2019, 152 pages, 8 euros.
 
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