Politique

Ehpad : pour ne pas mourir aux mains des charognards

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Le fait que les personnes âgées soient plus susceptibles de contracter le Covid-19 n’explique pas à lui seul le formidable taux de mortalité dans les Ehpad. La privatisation forcenée de l’État et les coupes budgétaires payées par les salarié·es et les personnes résidentes sont également responsables de la dégradation de la qualité des soins et du manque de matériel et de personnels.

L’épidémie de Covid-19 touche particulièrement les plus âgé·es. Début mai, ce sont plus de 13 000 personnes résidentes d’Ehpad qui sont décédées. La situation diffère selon les établissements et certains ont été particulièrement touchés [1]. Mais la situation est également dramatique dans beaucoup d’autres, et ce malgré le travail acharné des personnels. Les familles ont souvent été prévenues tardivement, parfois par la presse. Les maisons de retraites leur ont souvent sciemment menti…

Deux raisons à cette omerta : les agences régionales de santé (ARS) ont demandé de ne pas diffuser ces informations et le marché concurrentiel implique de montrer une bonne image à tout prix en masquant ce qui ne va pas [2]. L’argument de l’âge et de la fragilité n’est pas suffisant. Les salarié·es ont alerté très tôt sur le manque de matériel ou de personnel pour organiser le confinement, ce qui a valu à certaines et certains d’être licenciés [3]. L’amateurisme des autorités publiques ou privées a été total. Il est sans aucun doute responsable de ce nombre élevé de décès et il faudra rendre des comptes.

Une privatisation organisée par l’État

Depuis 1997 un marché concurrentiel ouvert à des entreprises privées, impose des normes de management [4]. Les gros groupes privés représentent un tiers du juteux marché des 7 200 Ehpad [2]. Pendant que nous comptons nos morts, leurs dirigeants s’installent dans les plus grandes fortunes de France [5]. Pour celle et ceux qui y travaillent, dont 87% sont des femmes, les conditions sont déplorables et les contrats précaires.

Résultat : trois fois plus d’accidents de travail sont déclarés que dans la moyenne nationale [6]. Certains Ehpad n’ont un budget que de 4 euros par personne résidente pour tous les repas [2] et trompent leurs « clientes et clients » sur les tarifs ou les services [7]. Sous pression, les salarié·es réduisent le temps de toilette, de repas, ne parviennent plus à établir du lien social, alors que ces personnes âgées isolées manquent de relations affectives.

Dans un contexte de vieillissement de la population, les capitalistes trouvent le moyen de faire de l’argent sur le dos de personnes en fin de vie ou dépendantes ! Il est urgent de socialiser les Ehpad et de développer un service public du grand âge et de la dépendance, où les salarié·es, les personnes résidentes et leur famille décideraient elles et eux-mêmes des moyens à mettre en œuvre pour satisfaire les besoins essentiels de cette population fragile. Les profits contre notre santé, quel que soit notre âge, ensemble contre le capital et solidaires face à la crise sanitaire !

UCL Toulouse

[1« Coronavirus : les résidents d’Ehpad représentent la moitié des décès comptabilisés en France », Le Monde, le 8 mai 2020.
« Des familles se battent face à des directions d’Ehpad muettes », Médiapart, le 8 avril 2020.

[2« Maltraitance en maison de retraite », Le Parisien, le 26 février 2019.

[3« Deux infirmiers virés d’un Ehpad de Toulouse car ils réclamaient des masques », La Dépêche, le 21 avril 2020.

[4« Le processus de privatisation du secteur des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes », Le Journal de gestion et d’économie médicales 2016/7, n°34.

[5« Classement Challenges des fortunes de France : les propriétaires d’exploitants Ehpad en bonne position », sur Ehpad.com.

[6« Vieillesse en détresse dans les Ehpad », Le Monde diplomatique en mai 2019.

[7«  Une maison de retraite sur deux trompe ses clients  », Le Figaro ; 17 mars 2014.

 
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