Antipatriarcat

Feminist-washing : qu’il est bon d’être exploité·e par une femme

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Une loi visant à «  accélérer l’égalité économique et professionnelle  » entre les femmes et les hommes a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 décembre dernier. Portée par la droite, elle risque bien de dissoudre le patriarcat  ! Elle propose en effet d’instaurer des quotas de femmes parmi les dirigeants des entreprises...

Un texte de loi adopté par l’Assemblée le 13 décembre prévoit de faciliter l’accès des femmes aux fonctions dirigeantes dans les entreprises. Financer réellement les organisations de terrain qui luttent contre les violences faites aux femmes devait paraître trop ambitieux. Accompagner les enseignant·es dans la création de contenus permettant aux petites filles et aux petits garçons de grandir loin des stéréotypes de genre était sans doute irréaliste. Permettre aux femmes d’avorter si et quand elles le souhaitent, gratuitement et près de leur domicile a sûrement été jugé à côté de la plaque. Garantir aux femmes migrantes, qui ont souvent vécu l’horreur sur les routes de l’exil, un accueil sûr et serein en France  ? Mais vous n’y pensez pas  !

Non, l’urgence actuellement pour les femmes, la mesure à laquelle on n’avait pas pensé pour obtenir enfin l’égalité, c’est qu’elles puissent diriger les entreprises. Et c’est sans surprise une proposition de la droite, droite qui vient de choisir Valérie Pécresse comme candidate à la présidentielle. Oui, vous savez, la même Pécresse qui défilait avec la Manif pour tous. Quel progressisme.

Trêve de plaisanterie. Cette égalité, c’est celle des bourgeoises. Cette poudre aux yeux, c’est la même que celle de la méritocratie. Dire que les femmes peuvent devenir dirigeantes d’entreprises, c’est cacher que les entreprises sont les lieux de l’exploitation capitaliste. Se casser le dos pour un Smic  ? Oui, mais la cheffe est une femme  ! Et l’actionnaire majoritaire aussi  !

L’alibi du féminisme

L’intérêt des femmes qui travaillent ne réside pas dans ces mesures ridicules. Elles qui sont moins payées que leurs homologues masculins, qui sont discriminées à l’embauche et qui subissent de nombreuses violences au boulot. Beaucoup de travailleuses le savent, et depuis quelques mois les grèves de femmes sont de plus en plus nombreuses dans les secteurs du soin, de l’hôtellerie, du nettoyage. Et n’oublions pas que, pour que certaines femmes puissent «  dédier leur vie à leur travail  », d’autres doivent garder leurs enfants et nettoyer leur maison  : en général des femmes immigrées et sous-payées. Où est l’égalité  ? Quand certaines servent d’alibi au féminisme d’une entreprise, les autres sont, comme toujours, dévolues au travail de soin, difficile et mal payé.

Ce qui permettra les alliances entre femmes pour gagner de nouveaux combats, ce sont tout d’abord des perspectives autrement ambitieuses  : le droit de choisir si et quand elles veulent un enfant, le droit au respect absolu de leur corps. Mais c’est aussi et surtout de se positionner toujours du côté de l’exploitée. Alors soutenons les grèves de femmes !

Adèle (UCL Pantin)

 
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