Lire : François Guinchard : L’Association internationale des travailleurs

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En 1922 à Berlin, était fondée l’Association internationale des travailleurs (AIT), deuxième du nom, reprenant le titre officiel de la Première Internationale, disparue presque 50 ans auparavant. Si sa nature ouvrière et anti-autoritaire était analogue, la nouvelle organisation revêtait cependant un caractère totalement différent, puisqu’elle était purement syndicaliste révolutionnaire. Et qu’au bout de quelques années, elle allait évoluer vers une doctrine nouvelle : l’anarcho-syndicalisme.

En 1913, une première tentative de fonder un bureau international des syndicats révolutionnaires s’était avérée infructueuse. Puis la Grande Guerre et la Révolution russe avaient bouleversé la donne.

En 1921, Moscou essaie de rassembler, sous son égide, une Internationale syndicale rouge (ISR). Des confédérations révolutionnaires aussi importantes que l’USI italienne, la CNT espagnole ou, bientôt, la CGTU française, subissent cette attraction. La plupart, cependant, reculent en prenant conscience du caractère policier du gouvernement soviétique. L’ISR, tenue à bout de bras par Moscou, restera donc une internationale croupion, sans force hormis en France.

C’est sur cette base du refus de la dictature bolchevique que la majeure partie du mouvement syndicaliste révolutionnaire constitue sa propre internationale : l’AIT. Le livre de François Guinchard se penche sur ces quinze premières années (1922-1936), qui sont celles de la splendeur et de la descente aux enfers. L’AIT va voir en effet ses sections italienne, portugaise, allemande, argentine ou japonaise détruites par des régimes fascistes.

Guinchard examine à ce sujet une question méconnue : le rapport de l’AIT à l’unité d’action avec les syndicats réformistes et les syndicats communistes. On y découvre une AIT des premières années assez pragmatique pour tendre la main aux autres forces syndicales sans jamais recevoir de réponse… malgré le mot d’ordre de « front unique » constamment brandi par les staliniens.

Après 1933, l’Espagne est le dernier bastion de l’AIT. Mais la CNT, qui ne s’est jamais beaucoup impliquée dans la vie internationale – animée principalement par les Allemands, les Français et les Néerlandais – se désintéresse de plus en plus d’une AIT devenue rachitique. On est à la veille de la Révolution espagnole. La suite est une autre histoire.

Synthétique, le livre de François Guinchard l’est presque trop, au risque de tomber dans l’approche schématique. On aurait aimé quelques récits de grandes luttes, ou un portrait collectif des hommes (plus rarement des femmes) qui ont fait cette histoire. Les trajectoires de Schapiro, de Rocker, de Besnard ou de Lansinck auraient beaucoup éclairé les débats de l’époque. Mais la principale lacune du livre est ailleurs, puisque son titre annonce « Du syndicalisme révolutionnaire à l’anarcho-syndicalisme » et qu’en fait, l’auteur ne souffle mot de ce glissement, de la façon dont cette doctrine nouvelle est née, et dont elle a été assumée ou non dans les différentes sections de l’AIT.

Guillaume Davranche (AL Montreuil)

  • François Guinchard, L’Association internationale des travailleurs 1922-1936. Du syndicalisme révolutionnaire à l’anarcho-syndicalisme, Éditions du temps perdu, 2012, 19 euros.
 
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