Racisme et histoire : Une reproduction sociale surdéterminée

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En matière de racisme, l’histoire joue un rôle important en déterminant le contexte social contemporain. Permettant d’identifier les crimes coloniaux et la continuité des processus de domination dans le domaine sécuritaire, elle met également en lumière le rôle du colonialisme dans les dominations et les discriminations à l’œuvre dans l’organisation du travail.

Le racisme et l’exploitation sont étroitement liés depuis la controverse de Valladolid au XVIe siècle, qui déshumanisa les noirs pour justifier l’esclavage. Idem durant la colonisation, où infériorisation et hiérarchisation des races ont permis l’utilisation des colonisé-e-s en tant que force de travail, perçues alors comme une matière première des colonies comme les autres, qu’on envoie en métropole mourir à la guerre, et au fur et à mesure, au travail. En métropole, l’immigration coloniale puis postcoloniale après les indépendances, venue travailler dans les usines Renault ou le secteur du bâtiment, ne devait être pour l’Etat qu’une main d’œuvre sans qu’on doive se soucier de ses besoins et de ses droits. Leur condition fut celle des bidonvilles et des foyers, suivis des cités HLM. Même logique utilitariste coloniale avec la mise en place en 1963 dans les outremers du Bumidom [1] qui organisa les transferts de main d’œuvre vers la métropole : incités à venir occuper les postes pénibles et subalternes notamment dans les secteurs publics – où les étrangers et les étrangères ne pouvaient être embauchés – les « domiennes » et les « domiens », livrés à eux-mêmes à leur arrivée, connurent aussi des problèmes de logement.

Très rapidement, ces populations se sont senties trompées, abusivement déplacées et exploitées. Le Bumidom est emblématique d’une pratique coloniale qui perdure malgré l’égalité juridique et la nationalité française. C’est cette histoire particulière qui nous impose de parler de populations issues de la colonisation.

La condition d’immigré-e comme héritage

Avec l’arrivée du chômage de masse, les enfants de colonisé-e-s, à la différence des enfants des immigré-e-s européens (notamment portugais, pourtant récente et tout autant ouvrière) fortement touchés par ce chômage, ne sont destinés qu’aux emplois que l’on réservait déjà à leurs parents. Les enfants héritent alors de la condition d’immigré-e. Aujourd’hui, ce destin économique n’a pas grandement changé. Cette place au sein du monde ouvrier, tout comme le fait de grandir dans certains quartiers où l’on a historiquement parqué les immigré-e-s postcoloniaux, ont considérablement surdéterminé la reproduction sociale des enfants issus de la colonisation, jusque dans le cadre scolaire lors de l’orientation. Pour cette génération, le refus de cette place sociale et le fait de demander des comptes pour l’histoire coloniale sont liés. La bourgeoisie parle alors de repentance, concept idéologique qui nie la continuité des processus de domination. Si l’histoire des immigrations et de la colonisation était vraiment connue, la domination raciste actuelle n’en serait que davantage ébranlée ! L’histoire relève donc objectivement de l’actualité sociale.

Nicolas Pasadena (commission antiraciste)

[1Bumidom : Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer

 
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