Ecologie

Politique agricole commune : pour le bien commun et l’agriculture paysanne

Version imprimable de cet article Version imprimable


La Politique agricole commune pour la période 2023-2027 a été définie. Encore une occasion manquée de réorienter les fonds publics vers le maintien et l’installation de paysannes et paysans, et de rendre les pratiques agricoles plus écologiques. Que revendique la gauche paysanne ?

Créée après-guerre dans le cadre de la «  révolution verte  », la Politique Agricole Commune (PAC) avait initialement pour but de permettre aux agriculteurs de produire pour nourrir une population grandissante. Des biais sont rapidement apparus dans le modèle, la vision productiviste et capitaliste du monde agricole ayant vite pris le dessus.

Lors de la dernière programmation (2014-2020), la PAC avait un budget d’environ 408 milliards d’euros. Or cette manne financière est très mal répartie. Certains paysans aujourd’hui ne touchent aucune aide de la PAC, comme les maraîchers en agriculture biologique, alors que leur métier est indispensable. D’autres filières ne survivent que grâce aux aides de la PAC, pendant que d’autres encore se goinfrent dans des filières ultra-subventionnées, avec un impact social et écologique désastreux et produisant des denrées parfois largement vouées à l’exportation, détruisant au passage des économies locales vivrières.

La PAC actuelle subventionne avant tout les surfaces et cela entraîne concentration, agrandissement et spécialisation à outrance de certaines filières. Or, depuis les années 1950, 2 millions de paysans ont disparu, c’est en somme le plus grand plan social, silencieux du siècle dernier et il se poursuit inexorablement. Depuis les années 2000, 15 000 paysans disparaissent chaque année sans être remplacés.

Les négociations, au niveau européen, se sont jouées entre trois acteurs principaux que sont le Parlement européen, le Conseil européen des ministres de l’Agriculture et la Commission européenne. L’accord entre ces trois instances va poser un cadre général au sein duquel les États vont pouvoir préciser leur propre politique.

408 milliards à se répartir

Les négociations ont longtemps achoppé sur un désaccord entre le parlement et le Conseil des ministres. La PAC est construite sur deux piliers. Le premier est composé des aides directes liées à la surface et représente 70 % du budget. Le second concerne plus le développement rural via une gestion État/Région. Il va financer les infrastructures sur les fermes, le développement de l’irrigation, etc.

Le litige tourne autour du pourcentage du budget du premier pilier attribué au financement des éco-régimes. Ce sont des mesures qui viennent financer des bonnes pratiques environnementales telles que l’agriculture bio, l’agriculture de préservation des sols, le bien-être animal ou encore, même si cela n’a rien à voir en terme de modèle agricole, l’utilisation de nouvelles technologies. Alors que le parlement voulait rester sur un pourcentage équivalent à l’ancienne programmation de la PAC, soit autour de 30 % du budget du premier pilier, le Conseil lui voulait démarrer à 18 % avec une légère augmentation dans les années suivantes.

Malgré la faible efficacité de ce genre de mesures environnementales – seuls 5 % des agriculteurs européens auraient dû changer de pratique pour percevoir ces aides dans l’ancienne programmation  [1] – les ministres de l’Agriculture sont plus sujets à être influencés par les lobbies anti-contraintes environnementales que les députés du parlement européen. Ils ont finalement imposé un taux plancher de 20 %.

Au niveau français, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a fait le choix de l’immobilisme et de ne pas faire de vague. Cela signifie la poursuite des inégalités. Ce ministre a milité pour qu’il n’y ait pas de plafonnement des aides (certains touchent des sommes indécentes). Il a refusé la mise en place de mécanismes favorisant les plus petites fermes afin de mieux répartir les aides comme une meilleure valorisation des premiers hectares ou encore une harmonisation du montant des aides à l’hectare.

Depuis les années 2000, 15000 paysans disparaissent chaque année sans être remplacés.
Photo : Jean-Louis Pires

Plus de flics que de paysans

Ces négociations ont été une douche froide pour les organisations qui défendent l’agriculture paysanne. La proposition d’une aide spécifique pour les petites fermes, qui bénéficierait à un certain nombre d’oubliés de la PAC, a été balayée. Mais surtout, lors des négociations, on a assisté a un réel mépris de la part du ministère vis-à-vis de ces organisations et c’est la raison pour laquelle plusieurs d’entre elles ont claqué la porte lors de la dernière visioconférence avec le ministère.

Pourtant l’agriculture de demain a des enjeux de taille à relever. L’installation et le renouvellement des générations est un défi majeur tant la population paysanne est vieillissante et sa diminution hémorragique. Le second défi est de répondre aux enjeux du changement climatique, d’impulser une profonde modification des pratiques agricoles qui se devra d’être corrélée avec une qualité de revenu pour les paysannes et les paysans.

Or, une politique publique avec un budget aussi important aurait les moyens de répondre à ces enjeux. Il s’agirait alors de passer d’une logique de prime à l’hectare à une logique de prime à l’actif agricole. Au lieu de favoriser la course à l’agrandissement des exploitations, cela dynamiserait l’emploi agricole et rural. Cela donnerait une bouffée d’air à certaines régions sinistrées. En ayant pour objectif l’autonomie alimentaire, il serait possible de soutenir les filières les plus en difficulté et de développer les productions en fonction des besoins alimentaires des territoires. Et donc en finir avec la spécialisation de production des régions.

Si les financements publics sont indispensables pour engager l’agriculture sur la voie de l’agroécologie, il y a urgence à sortir de la logique capitaliste de dérégulation du marché qui engendre la chute des prix et une course à la concentration des exploitations.

Une alimentation de qualité, accessible, est un enjeu majeur pour notre société. Maintenir l’agriculture paysanne est un défi à court terme. Aujourd’hui en France, il y a plus d’agents des forces de l’ordre que de paysannes et paysans en activité, il est temps d’inverser la tendance  !

Roger Ferguson et Georges Claas, paysans (UCL Var)

[1Cour des comptes, décembre 2017.

 
☰ Accès rapide
Retour en haut