Le panafricanisme, né de la Révolution haïtienne

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À Bois-Caïman, en août 1791, Africaines et Africains ont invoqué leurs divinités avant de lancer le soulèvement qui allait faire d’Haïti le lieu de naissance du panafricanisme. Donnant tout son sens à la devise « l’union fait la force », les révoltés ont affronté les troupes espagnoles, britanniques et françaises, et imposé de manière unilatérale l’abolition de l’esclavage dès août 1793, en jouant sur les divisions impérialistes et le rapport de force.

En 1938, CLR James publiait Les Jacobins noirs, souvent présenté comme le premier livre d’histoire du panafricanisme. Il résumait, dans sa préface comment Haïti a déclenché une révolution historiographique : « J’en avais assez de lire ou d’écouter ce qu’on écrivait ou disait au sujet des Africains : persécutés et opprimés en Afrique, sur l’Atlantique, aux États-Unis et dans toute la Caraïbe. Je décidai d’écrire un livre dans lequel les Africains – ou leurs descendants dans le Nouveau Monde – au lieu d’être constamment l’objet de l’exploitation et de la férocité d’autres peuples, se mettraient à agir sur une grande échelle, et façonneraient leur destin, et celui d’autres peuples, en fonction de leurs propres besoins. »

Loin d’être une révolution dans la Révolution française, l’indépendance d’Haïti est une rupture décoloniale : abolition de l’esclavage, première décolonisation de l’histoire de France et réintégration de la dignité des peuples originels à travers le nom même de Haïti. Pour la première fois, des hommes et des femmes nés en Afrique se libèrent et fondent un État en dehors du continent. Ce qui donne au panafricanisme une base géopolitique à partir de laquelle regarder les relations internationales sous un œil subversif. Et ce qui entraîne immanquablement la réaction néocoloniale : embargo des puissances occidentales coalisées, imposition en 1825, par la France, d’une dette pour indemniser les anciens propriétaires, et enfin division qui conduit à la partition définitive de l’île entre Haïti et la République dominicaine en 1844.

En dépit des adversités, Haïti soutient la libération des colonies espagnoles par Simon Bolivar, donnant ainsi au panafricanisme sa nature internationaliste. Toute une intelligentsia haïtienne revalorise l’identité africaine et lutte contre le racisme, faisant de ce pays, selon les mots d’Aimé Césaire, celui « où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité ».

En donnant à l’histoire de nombreuses figures comme l’homme d’État Anténor Firmin ou le journaliste et militant Bénito Sylvain, Haïti, première république noire, assume ainsi son rôle de pépinière du panafricanisme.

Amzat Boukari-Yabara

  • Historien béninois, auteur entre autres d’Africa Unite  ! Une histoire du panafricanisme, La Découverte, 2017.

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