Marche des solidarités : Aux Champs-Elysées, le prolétariat sans papiers

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Acte III de la marche des solidarité : parti·es le 19 septembre, celles et ceux qui exigent la régularisation de toutes et tous, la fermeture des centres de rétention administrative et un logement digne, vont converger depuis les « quatre coins de la France » jusqu’aux portes de l’Élysée le 17 octobre.

« Soyez fiers de vous ! » Au micro, sur le camion de Solidaires, et suivi par quelque 400 personnes, un travailleur sans papier africain galvanise ses camarades. Venu⋅es de Strasbourg ou de Paris pour s’ajouter à la quinzaine d’associations marseillaises qui organisent l’événement, il y a Ali, Mohammed, Hansa, etc., tous travailleurs et travailleuses sans-papiers, et comme leurs camarades, harcelé⋅es par l’administration, exploité⋅es par leurs patrons, assommé⋅es par une vie où tout est angoisse, menace, obstacle. Qu’ils et elles soient fièr⋅es, leur dit-il, non seulement du parcours auquel ils ont survécu depuis le pays d’origine, fièr⋅es aussi de s’être ancré⋅es, par le travail, les amitiés, l’école des enfants, dans une société qui pourtant les rejette. Fièr⋅es surtout de continuer de dire « ça suffit » à la police, à l’administration qui leur rend la vie impossible, à une politique qui continue de refouler, réprimer, reconduire ceux et celles qui pourtant prennent en charge les boulots les plus pénibles.

La marche des solidarités, grande marche nationale des sans-papiers à travers toute la France, s’est élancée le 19 septembre de Marseille et de Montpellier, puis sera rejointe par les villes de Rennes, Lille et Strasbourg le 3 octobre, pour finalement converger sur l’Élysée le 17 octobre. Cette marche a été décidée dans l’enthousiasme des manifestations du 30 mai à Paris – des milliers de sans-papiers défient l’interdiction de manifester pour défendre leurs droits – et du 20 juin dans différentes villes de France – réclamant d’être entendu⋅es par Macron, les « premiers de corvée » seront superbement ignoré⋅es par le Président.

Le point d’orgue d’un mouvement...

L’ampleur de ces manifestations (plusieurs dizaines de milliers de personnes malgré l’interdiction de se rassembler) a motivé la création de différents collectifs de sans-papiers et l’envie de reproduire cette séquence à plus grande échelle. C’est ainsi que la proposition, initiée par les sans-papiers eux-même, est apparue dès début juillet, pour rapidement faire l’objet d’un consensus. L’organisation de la marche dans les deux mois suivants a été possible grâce aux militants et militantes sans-papiers – pour beaucoup, il s’agit de la première expérience militante, même si d’autres avaient déjà participé à des événements de ce type, comme la marche vers Calais – qui l’ont prise en main pendant les vacances, au moment où la majorité des organisations politiques et syndicales voient leurs activités réduites.

Les différentes réunions se sont faites dans l’unité, le choix de porter des revendications claires – à savoir la régularisation de toutes et tous, la fermeture des centres de rétention administrative (CRA) et le logement pour tous – a rapidement amené à se concentrer sur les aspects pratiques de la marche et à se mettre en lien avec les différents collectifs locaux. De même, les rapports avec d’autres démarches, comme les collectifs de commémoration du 17 octobre 1961, ont été très cordiaux et montrent une volonté de travailler ensemble sur ces questions.

… qui peine à s’étendre

Pourtant, ce 19 septembre a quand même un petit goût amer : au plus fort de ce départ de la marche des solidarités, nous serons peut-être 600, là où on aurait aimé voir une mobilisation comparable à celles des manifs antiracistes des mois de juin et juillet 2020. Ce sont pourtant bien les mêmes problèmes qui se posent – chasse aux migrants, formes renouvelées du colonialisme français, racisme d’État –, avec les mêmes conséquences – exploitation, conditions d’existence immondes, ratonnades aux frontières et dans les foyers, extrême droite désormais décomplexée et que le pouvoir n’inquiète pas.

Mais malgré cela, la présence de HK, grimpé sur le camion qui remonte vers la porte d’Aix, c’est sûr, électrise tout le monde « on lâche rien ! » Il y aussi le discours de Nadine, l’une des organisatrices du CSP 13 (Collectif sans-papiers 13) et ses larmes d’émotion, et ce « soyez fiers de vous ! », infatigablement repris jusqu’à Aix-en-Provence, et qui emporte les marcheurs et marcheuses ; et puis il y a la détermination sur les visages, l’excitation du départ, les organisateurs – associations de sans-papiers et migrants, syndicats – qui calent la logistique et veillent au grain. Il y a même cette femme, d’une cinquantaine d’années, qui marche avec des béquilles : « Bien sûr que je vais jusqu’à Paris ! » La route est longue, mais la détermination ne manque pas, et elle redoublera à coup sûr quand les autres cortèges se joindront à celui de Marseille, pour finalement amener des dizaines de milliers de manifestantes et manifestants devant les grilles de l’Elysée ?

Cuervo (Marseille), Mathieu (PNE)

 
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