Retraites : Jouer collectif et gagner

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Un peu partout des collectifs de défense des retraites se créent et s’organisent. Le rôle stratégique incontournable de ces collectifs dans la mobilisation ne doit pas être négligé.

La campagne pour la défense des retraites a clairement commencé. Au niveau syndical, le 1er mai dernier et les journées d’actions des 23 mars et 27 mai ont mis en avant, avec l’emploi et les salaires, la question des retraites. En parallèle du front syndical, l’appel « Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites » initié par Attac et la Fondation Copernic a rassemblé près de 50 000 signatures électroniques [1]. Si Solidaires et la FSU relaient cet appel, la CGT est bien plus timorée à son égard, malgré les signatures de Didier Le Reste ou Charles Hoareau, et entretient une distance prudente… voir joue la concurrence en lançant sa propre pétition [2]. C’est pourtant généralement appuyé sur cet appel que se montent un peu partout des collectifs locaux de défense des retraites.

La configuration de ces collectifs est très variable d’une ville à l’autre : collectifs d’individus ou cartels d’organisation, parfois un peu des deux, avec en pointe soit des syndicats – Solidaires et FSU mais aussi CGT ou CNT – soit des partis et organisations politiques. Lorsque c’est le cas, la présence du PS désoriente (et mal) les objectifs que se donnent les collectifs, tandis que certains, comme le PCF et son « front populaire », y viennent sur des objectifs propres peu compatibles avec l’engagement dans une bataille unitaire.

Démonter les mensonges du gouvernement

Souvent voués à un rôle de diffusion de l’expertise élaborée dans les « sphères intellectuelles » d’Attac ou de la Fondation Copernic, la plupart des collectifs ont déjà tenu leurs premières réunions publiques dans ce sens. Il s’agit en premier lieu d’expliquer les mécanismes qui conduiront à la disparition de la retraite par répartition si on laisse faire le gouvernement, mais aussi de dessiner des alternatives. Cette dimension du travail, démonter point par point les mensonges du gouvernement, est incontournable.

Exiger un large débat public

Mais si cet axe est nécessaire, il n’est évidemment pas suffisant. Pour réfléchir au rôle stratégique que peuvent prendre les collectifs il faut se reporter à deux mobilisations précédentes : en 2005 contre le Traité constitutionnel européen et fin 2009 contre la privatisation de la Poste. A l’instar de la mobilisation de 2005, les collectifs peuvent et doivent servir à installer un large débat public sur la question des retraites. Pour cela il faut s’orienter vers des collectifs militants actifs sur les villes et les quartiers : des débats, c’est bien, mais des tractages sur les marchés, des rassemblements publics et des interventions aux portes des entreprises sont également nécessaires !

Un combat de classe

Quant à la mobilisation contre la privatisation de la Poste, un enseignement majeur peut en être tiré : les collectifs ne doivent pas se substituer aux organisations syndicales mais bien s’inscrire en soutien à un combat qui ne peut être gagné que par un engagement franc et massif du camp du Travail. Notamment par le rapport de force et la grève. C’est sur ce point qu’il faut être vigilant : lors de la mobilisation pour la Poste, l’action en entreprise à pâtie du sabotage mis en œuvre par certaines organisations une fois passé le référendum. C’est le cas du PS par exemple, qui a tout fait pour éviter une manifestation nationale alors que les postières et les postiers en avaient pourtant besoin pour appuyer leur grève. D’où l’importance pour les militantes et les militants d’Alternative libertaire d’être partie prenante de ces collectifs, en insistant pour la tenue de débats publics où sera posée la question du partage des richesses et le caractère « d’anomalie socialiste » des retraites par répartition [3], et en travaillant à ce que la mobilisation repose sur l’action des premières et des premiers concernés : les travailleuses et travailleurs eux-mêmes.

Théo Rival (AL Orléans)

[2Sur Cgt.fr

 
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