Argumentaire : Casse des retraites : arrêtez vos salades !

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La destruction méthodique du système de retraites par répartition continue. Pour complaire au patronat, le gouvernement veut allonger encore une fois la durée de cotisation, en passant à 41 annuités. Comme à chaque attaque contre nos droits sociaux, gouvernement et médias libéraux aux ordres se lancent dans une surenchère de mensonges pour justifier leur méfait. Petit démontage.

« L’allongement de la durée de vie oblige à allonger la durée de cotisation »

Faux. L’amélioration de l’espérance de vie oblige simplement à consacrer une part adaptée de la richesse produite aux retraites.

– En cinquante ans, l’espérance de vie a augmenté de 18 % pour les femmes, et de 17 % pour les hommes. Qui plus est, cet allongement s’explique en bonne partie par la chute de la mortalité infantile, divisée par 10 depuis 1950. Donc elle n’a manifestement qu’un impact marginal sur la durée pendant laquelle les pensions de retraite sont perçues.

– Dans le même temps, le produit intérieur brut a augmenté de 426 % [1]. La richesse existe donc largement pour financer les retraites des salarié-e-s au bout de 37,5 ans.

Le fait d’allonger la durée de cotisation, donc de réduire la durée de perception des pensions ou d’en diminuer le montant, est un choix politique pour préserver la rémunération du capital au détriment de la rémunération du travail.

« Nous vivons plus vieux et en meilleure santé, donc c’est normal de travailler plus longtemps »

Faux. Sans même revenir sur le décalage entre l’allongement de l’espérance de vie et l’augmentation de la richesse produite, cet argument ne tient aucun compte des inégalités d’espérance de vie. C’est typiquement un argument de privilégié.

L’écart d’espérance de vie selon la catégorie socioprofessionnelle ne cesse pas de se creuser. En 1965, l’écart d’espérance de vie à 35 ans entre les groupes les plus privilégiés et les moins privilégiés était de 7,3 ans. En 1996, il était de 9,5 ans [2]. Les ouvriers et ouvrières ont l’espérance de vie la plus courte.

L’allongement de la durée de cotisation consiste à faire cotiser les ouvriers pour payer les retraites des cadres.

« Ne pas réformer maintenant, c’est faire peser cette charge sur nos enfants et c’est immoral »

L’argument de la morale dans la bouche d’un capitaliste, c’est l’hôpital qui se fout de la charité ! S’il fallait s’aventurer sur ce terrain vaseux, il faudrait expliquer en quoi il est moral de priver les mêmes enfants de leurs enfants en les obligeant à se tuer au travail. Ou encore comment on peut « moralement » expliquer que l’allongement de la vie est un affreux malheur qui oblige à des sacrifices. Le credo libéral, c’est « crevez, c’est pour votre bien ! ».

Cette soi-disant « charge » pour les générations futures s’appuie sur des projections assez contestables. Il paraît que nous sommes censés passer de 2,2 actifs par retraités en 2003 à 1,09 en 2048 2. Admettons même cette projection. Le ratio serait donc divisé par 2. Mais il a déjà été divisé par 2,5 entre 1970 et 2006, passant de 3,80 à 1,51 [3] [4]. Dans ce laps de temps, cet « alourdissement » a été largement absorbé par les augmentations de productivité. Or l’« effort » annoncé pour les années à venir est moindre ! Où est le problème ?

« Tous les pays ont allongé leur durée de cotisation »

Peut-être. Et alors ?

– Les différences entre les systèmes sont telles que les comparaisons n’ont pas grand sens. Comparer des choux et des fers à repasser pour démontrer qu’il faut augmenter le prix des choux, c’est carrément malhonnête.

– Ce n’est pas parce que les autres font n’importe quoi qu’il faut faire la même chose. Ces allongements relèvent tous de choix idéologiques au niveau européen, dont les autorités rêvent d’un système à l’américaine. Or le système américain consiste à obliger la majorité de la population à travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive [5], et à obliger une bonne partie des autres à jouer à la roulette avec leur retraite, sous la forme de fonds de pension spéculatifs.

– Enfin, cet argument ne peut pas être à sens unique. S’il faut aligner sur les autres pays, alors baissons aussi la pression sur les travailleurs et travailleuses, puisque la France a une productivité horaire remarquable, largement supérieure à la moyenne européenne, à celle des Etats-Unis, du Japon ou de la moyenne de l’OCDE [6].

« La réforme va sauver le système de retraite par répartition »

Faux. Garder le nom « retraite par répartition » tout en vidant le système de son contenu, ce n’est pas le sauver, mais le détruire. L’âge moyen d’entrée dans la vie active est de 22,5 ans 7. Si on ajoute 41 ans de cotisation, on arrive à 63,5 ans. Notons au passage que l’idée de retraite à 60 ans vole en éclats. Or l’âge moyen de départ effectif en retraite est 57 ans [7]. L’enjeu n’est pas de « sauver les retraites » mais d’empêcher les travailleurs et travailleuses de toucher une retraite complète.

Car il devient surtout quasiment impossible de satisfaire à l’exigence de 41 annuités de cotisation, le patronat français refusant d’employer au-delà d’un certain âge.

L’objectif de tout cela ? Pousser petit à petit les travailleurs et travailleuses vers les systèmes privés, juteux pour les groupes financiers, et faire croire que la suppression pure et simple de la répartition est finalement inéluctable. Et donc, au final, supprimer les cotisations sociales, qui constituent une part de nos salaires, au profit des patrons qui se plaignent de ce qu’ils appellent, selon leurs intérêts, des « charges ».

Laurent Scapin (AL 93), le 14 avril 2008


LE SYSTÈME DES RETRAITES EN CHIFFRES

  • Nombre de retraités et retraitées en 2006 en France : 11 111 699
  • Nombre de cotisants et cotisantes en 2006 en France : 16 806 329
  • Dépense des prestations vieillesse en 2006 en France : 218,662 milliards d’euros (à comparer à 1 792 milliards d’euros de produit intérieur brut)

Source : Caisse nationale d’assurance vieillesse

[11. Source Insee.

[22. « Inégalités d’espérance de vie sans incapacité en France : résultats et points de méthodologie », Emmanuelle Cambois, Jean-Marie Robine. Médecine/sciences 2000 ; 16 : 1218 :24.

[33. Insee, Résultats Société 2003, n°13.

[44. Caisse nationale d’assurance vieillesse

[55. Il suffit d’entrer dans un supermarché américain, type Wall-Mart, pour tomber sur des cohortes de septuagénaires ou d’octogénaires tentant de tenir les caisses ou de ranger les Caddie.

[66. Bulletin de la Banque de France n°120, décembre 2003.

[77. Ministère de l’Economie et des Finances, conférence de presse, 21-06-2005.

 
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