Politique

Récit de lutte : en grève de la faim pour régulariser Madama

Version imprimable de cet article Version imprimable


Accueilli depuis deux ans dans une famille au Puy-en-Velay, un jeune migrant malien est menacé d’expulsion par la préfecture de Haute-Loire. Grève de la faim, manifestations, mobilisation d’association et d’intersyndicale s’organisent afin de combattre la brutalité étatique. Récit d’une lutte en cours.

Fin janvier, le couperet de la préfecture est tombé  : celle-ci refusait de régulariser Madama, accueilli par la famille de deux de nos camarades. Un choc violent pour eux mais aussi pour notre groupe qui connait bien le jeune malien. Passée l’émotion, nous avons décidé de mettre toute notre énergie dans un dur et long combat pour soutenir Éric dans son choix d’entamer, le 30 janvier, une grève de la faim.

09/03. Depuis l’écriture de l’article, la situation a continué à évoluer. Madama est en emprisonné.

Après plus d’un an de bataille avec la préfecture, celle-ci voulait renvoyer Madama, alors qu’il vit avec un autre Malien, chez nos camarades depuis deux ans et qu’il a créé des liens affectifs forts avec eux, faisant au final partie de leur famille. D’où la forte charge émotionnelle dans ce conflit. La grève de la faim a permis de médiatiser cette situation.

Bien relayé par la presse locale, largement soutenu par un ensemble d’associations autour de RESF43 et d’une intersyndicale très large (Solidaires, CGT, FO, FSU, CFDT, CFTC), l’événement a donné lieu à une manifestation exceptionnelle le 17 février au Puy-en-Velay, rassemblant 800 personnes et marquée par un important cortège UCL grâce au renfort des camarades de Lyon, Clermont-Ferrand et du Livradois.

Pour y arriver, il a fallu jouer les équilibristes entre nos positions politiques et une stratégie essentiellement humaniste. Nous retenons au final le formidable élan de solidarité qui a largement dépassé le petit monde des militantes et militants, car beaucoup ont pris conscience avec la défense de Madama des pratiques des préfectures, de leur violence et des drames qui en découlent.

17 février 2021. Soutien à Madama
Photo : Lucien Soyere/ Rapports de force

Face à la brutalité, la lutte s’organise

En revanche, le préfet, ancien sous-préfet de Dunkerque et responsable de l’évacuation du camp de Grande Scynthe, s’en est pris directement à nos deux camarades. Le 9 janvier, il interdisait un premier rassemblement au prétexte que «  …cette initiative soutenue par des groupes de l’ultra gauche locale [...] il n’est pas exclu que ce second groupe [...] perturbe sciemment le rassemblement provoquant des troubles graves à l’ordre public  ». Puis, le 15 janvier, il interdisait à nos camarades d’accompagner Madama, comme convenu, pourtant, à son rendez-vous avec les services de l’immigration. Des flics, dont certains arboraient fièrement leur cordon du syndicat Alliance, les empêchèrent de le suivre.

Enfin, par un communiqué, le Préfet exigeait de nos camarades des excuses publiques pour des propos «  indignes  » qu’ils auraient tenus, à savoir  : avoir utilisé l’expression «  racisme d’État  » et avoir osé un rapprochement entre l’accueil par les «  Justes  » au Chambon-sur-Lignon et la brutalité de la politique migratoire. Une réponse publique a été donnée par Véro et Eric lors de la manif du 17 février.

Depuis, le préfet a déclaré vouloir réexaminer le dossier de Madama avec de nouveaux documents reçus par sa famille. Après 19 jours de grève de la faim, Eric a décidé de la suspendre.

La mobilisation se poursuit, avec des recours juridiques déposés par une avocate spécialiste des droits des migrantes et migrants et de nouveaux rassemblements pour élargir encore plus le mouvement.

UCL Puy-en-Velay

Lire aussi : « Madama : Il vit ici, il reste ici », Union communiste libertaire, 5 février 2021.

Plus d’info : UCL Puy-en-Velay

 
☰ Accès rapide
Retour en haut