Antipatriarcat

Santé : Le corps, un enjeu à réinvestir

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En France, il n’y a pas de mobilisation féministe collective autour de la santé des femmes (à part pour le droit à l’avortement, qui n’est pas seulement un enjeu de santé). Pourtant la mauvaise prise en charge des femmes, la maltraitance, les phénomènes sociaux qui rendent malades, tout cela demande des combats collectifs et féministes.

En 2017, plus de 16 % des accidents du travail se sont produits dans le secteur des soins à la personne, qui ne représente que 11 % des effectifs, essentiellement dans le cadre des soins aux personnes âgées. Ce nombre est en croissance  [1]. 56 % des femmes meurent de maladies cardiovasculaires contre 46 % des hommes, le retard de diagnostic est fréquent parce qu’on connaît les symptômes de l’infarctus chez les hommes, pas chez les femmes  [2]. Les femmes souffrent deux fois plus de dépression que les hommes, à cause des conditions socio économiques (pauvreté, charge mentale, violences). Les cancers d’origine professionnelle sont moins reconnus pour les femmes, les infirmières en cancérologie atteintes aujourd’hui de cancers dus à leur travail mènent le combat pour cette reconnaissance  [3].

Il a fallu du temps et l’énergie de quelques victimes pour que les douleurs causées par l’endométriose ou par les implants contraceptifs Essure soient reconnues et traitées. Les femmes noires ou arabes sont considérées comme exagérant leurs symptômes, le corps médical a même inventé le syndrome méditerranéen pour donner un vernis scientifique au racisme le plus crasse  [4].

Nombreux sont les inventaires des maltraitances médicales et obstétriques. En sont particulièrement victimes les femmes grosses. Les opérations de l’estomac contre l’obésité concernent majoritairement des femmes. De nombreux praticiens n’acceptent pas la CMU et les femmes représentent la majorité des pauvres. Régulièrement, on «  découvre  » que des médicaments donnés aux femmes sont toxiques.

Outre les conséquences directes (blessures, morts, traumatismes) des violences de genre, des conséquences indirectes sont encore à découvrir. Par exemple, les inégalités sociales sont à l’origine d’inégalités face au vieillissement des facultés intellectuelles.

«  Les symptômes, c’est dans la tête  »

Les mutilations du sexe féminin continuent à exister, entraînant douleurs, séquelles et perte de la capacité à jouir. La ménopause est traitée chez nous comme une maladie redoutée alors qu’elle peut être vécue comme un non événement.L’épidémie de Covid consomme tous les moyens du système de santé, par ailleurs appauvri par les gouvernements successifs, ce qui prive des femmes d’accès à l’IVG, à la contraception ou à la prise en charge psy.

Les spécificités des corps des femmes entraînent des besoins spécifiques en matière de santé, besoins mal pris en compte dans un monde patriarcal. Il ne s’agit pas d’en déduire des spécificités de comportements ou de stéréotypes. Règles, contraception, avortement font aujourd’hui l’objet de luttes.

Pour que la santé des femmes ne soit plus facultative, il nous faut (re)construire des groupes d’entraide sur la santé, créer des rapports de force avec le corps médical, faire de la santé de chacune un bien collectif précieux, cultiver l’égoïsme toutes ensemble.

Christine (UCL Sarthe)

[1«  Risques professionnels dans le secteur de l’aide et des soins à la personne : chiffres clés  », CPAM, 29 décembre 2020.

[2Haut conseil de l’égalité entre les femmes et les hommes, communiqué de presse du 15 décembre 2020.

[3Nolwenn Weiler, «  Produits radioactifs, traitements toxiques : quand celles qui soignent le cancer tombent elles-même malades  », Bastamag, 2 février 2021.

[4Lison Verrier, «  “D’habitude, les gens comme vous se roulent par terre” : patients et médecins dénoncent les préjugés racistes du monde médical  », France info, 27 mai 2018.

 
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