Antipatriarcat

Métiers du care : la petite enfance prépare la bagarre

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La crise sanitaire a été un incroyable révélateur et a rendu visible le travail reproductif, celui qui permet la reproduction de la vie. Grâce aux soins aux autres dans toutes ses dimensions, nous pouvons survivre au capitalisme et à ses crises. Sur ces bases d’entraide peut naître une société fondée sur les besoins plutôt que sur les profits.

Les métiers de la petite enfance sont à 97 % à «  prédominance féminine  ». Pour ces catégories professionnelles dites du care (soin à la personne), l’infériorisation professionnelle s’explique par le fait qu’on considère leur travail comme le prolongement de leur rôle social de mère. En somme, il s’agirait d’une activité «  naturelle  » qui n’appellerait pas forcément de rémunération. Le fait d’apprendre aux petites filles, dès le plus jeune âge, à s’occuper des autres, constituerait ainsi une formation.

Dès 2019, les professionnel·les de la petite enfance ont dénoncé ce qu’on appelait la simplification du cadre normatif applicable aux différents modes d’accueil du jeune enfant, que le gouvernement entendait mener par ordonnances. Il s’agissait déjà d’un alignement vers le bas des normes réglementaires  : baisse du taux d’encadrement (un·e professionnel·le pour six ou sept bébés), du niveau des diplômes exigés pour les professionnel·les et de la superficie minimale des locaux où sont accueillis les enfants.

De son côté, la direction générale de la cohésion sociale réfutait toute volonté de sacrifier la qualité de l’accueil des enfants et de dérégulation du secteur. Il disait vouloir concilier qualité de l’accueil, simplicité et souplesse. Tu parles  !

Une réforme, initiée par le secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, va être mise en œuvre progressivement tout au long du premier semestre 2021.

Le mouvement de contestation en cours parmi les personnels de la petite enfance – un millier de personnes ont manifesté à Paris, plusieurs centaines dans une trentaine de villes de province, sans être entendues par leur ministère –, dénonce des mesures qui ont pour but essentiel de créer une meilleure rentabilité pour le secteur privé lucratif.

Des inquiétudes de 2019 devenues réalités  : tous les jours, 15 % d’enfants en surnombre en crèche, possibilité d’un taux d’encadrement unique de 1 pour 6 appliqués aux bébés, 5,5 m2 par enfant en zone dense, une demi-heure par mois d’analyse de pratique en crèche et rien de garanti pour les assistantes et assistants maternel·les.  [1]

Méprisé·es et invisibles

Les salariées mobilisées décrivent toute le même contexte  : du travail à la chaîne, moins de temps pour s’occuper des enfants, pour les éveiller, plus de responsabilités… mais aussi un contexte sanitaire aggravant. Un malaise durable s’installe dans ce secteur mal valorisé et mal payé.

Dans ce secteur comme dans d’autres, nous nous battons aujourd’hui pour ne pas perdre davantage alors que nous devrions pouvoir réclamer bien plus que des conditions de travail acceptables et une bonne qualité minimale d’accueil. Il faudrait augmenter le taux d’encadrement, exiger des moyens matériels et techniques, le remplacement des professionnel·les absents, faire reconnaître la pénibilité des métiers de la petite enfance en réclamant par exemple la réduction du temps de travail à 32 heures par semaine, un départ à la retraite anticipé à 55 ans et une hausse des salaires.

Ce 8 mars mettra à l’honneur les conditions matérielles d’existence des femmes, les bas-salaires, les temps partiels imposés, la précarité, les métiers essentiels dits à « prédominance féminine » sous-payés et invisibilisés.

Nanou (UCL Montpellier)

[1Voir le site Pasdebebesalaconsigne.com.

 
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