Bilan Macron

Bilan Macron #8 : Libertés numériques




Sur le terrain des libertés numériques, ce quinquennat aura vu s’accroître dangereusement l’arsenal sécuritaire mis en place contre la population : état d’urgence permanent, loi sécurité globale, loi haine, loi anti-casseurs, … Retour sur cinq ans d’attaque ininterrompue contre nos libertés numériques (mais pas seulement).

Surveillance publique et privée

Sur le terrain des libertés numériques, ce quinquennat a vu l’apparition de tout un arsenal de lois sécuritaires, utilisant les nouvelles technologies pour mieux surveiller et contrôler la population (dans l’espace numérique mais pas que) : l’état d’urgence rendu permanent, la loi Haine [1], la loi Sécurité globale [2], la loi anti-casseurs, la création des espaces santé, etc. On y a vu aussi l’emprise croissante du « solutionnisme technologique » [3], cette croyance scientiste selon laquelle la technologie peut, seule, régler des problèmes de société : drones, caméras de vidéo-surveillance, tentation de la reconnaissance faciale dans de nombreuses villes [4], espionnage informatique des employé·es en télétravail [5], StopCovid renommé ensuite TousAntiCovid [6]. Enfin, la collusion entre géants du numérique (Gafam et autres) et États occidentaux s’est encore accrue, et la France macroniste s’est malheureusement bien illustrée dans ce processus, en recevant par exemple les patrons de Facebook ou Amazon à l’Élysée ou en vendant les données de santé des assuré·es sociaux à Microsoft [7].

Un renforcement du lien avec le reste du monde militant

Le mouvement social n’est pas resté inerte face à ces dégradations de nos conditions de vie et de travail. La Quadrature du Net a lancé la campagne « Technopolice », dont l’UCL est partie prenante aux côtés de collectifs libristes, de syndicats, d’associations comme la Ligue des droits de l’homme. Quelques victoires juridiques ont été obtenues, contre les drones de la police de Paris ou contre la loi Haine par exemple. Le règlement général à la protection des données (RGPD) européen a fourni une arme bien réelle pour ces luttes.

Les réflexions théoriques dans le milieu militant sur ces questions ont également progressé, grâce aux liens de plus en plus forts entre le mouvement social traditionnel, syndical, féministe, antiraciste, et le mouvement libriste. En particulier, la notion de capitalisme de surveillance a été découverte, travaillée puis appropriée, notamment suite à la publication en 2019 de l’ouvrage de Shoshana Zuboff [8], et pour l’UCL ces travaux se sont concrétisés à travers un texte largement adopté lors du congrès de 2021 [9]. Concernant le solutionnisme technologique, l’UCL a affirmé à de multiples reprises que c’est un leurre, et que les problèmes politiques se règlent de manière politique et collective.

Mais, disons-le franchement, ces résistances n’ont pas suffi à freiner véritablement la généralisation dans nos vies du capitalisme de surveillance et de la technopolice. En ce sens, le terrain des libertés numériques n’a pas fait exception, et s’est lui aussi fait écraser par le rouleau compresseur Macron.

À quoi s’attendre pour les cinq années à venir ? À une sinistre continuité : toujours plus de surveillance et de profits pour les capitalistes de surveillance, toujours moins de protection des opprimé·es sur Internet. Pour avoir une chance de s’y opposer, le mouvement libriste devra confirmer son intégration dans le mouvement social et continuer d’y diffuser ses idées et ses luttes, et celles-ci devront être relayées efficacement par les syndicats, associations de lutte et organisations politiques.

L’Union communiste libertaire, commission librisme, le 2 mai 2022.


Voir aussi notre communiqué du 24 avril 2022 : Réélection de Macron : reprendre le contrôle de nos vies, nos bilans du quinquennat sur l’antifascisme, l’antipatriarcat, l’antiracisme, l’écologie, l’international, la jeunesse, et le travail, et dès demain notre bilan sur la répression.

[3À lire : Applis, drones... l’alibi sanitaire d’une surveillance généralisée dans Alternative libertaire n°305 (mai 2020).

[4Voir notre communiqué de 2019 « Reconnaissance faciale : souriez, vous êtes fliqué ».

[5À lire : Espionnite : Les gardes-chiourmes du télétravail dans Alternative libertaire n°313 (février 2021).

[6Voir notre communiqué de 2020 « Non à StopCovid - Oui à de vraies mesures sanitaires »

[7À lire : Health Data Hub : diagnostic d’une polémique dans Alternative libertaire n°317 (juin 2021).

[8À lire : Analyse : Gafam, un nouveau capitalisme ? dans Alternative libertaire n°310 (novembre 2020).

[9Vous pouvez retrouver ici ce texte : Contre le capitalisme de surveillance et la technopolice.

 
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