Cauchemar psychiatrique : « Si vous ne prenez pas les gouttes, elles vous seront injectées »

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Suite à une importante crise d’angoisse, Cécile* a été dirigée par le psychiatre de garde de l’hôpital communal de Montreuil au centre psychiatrique de Ville-Evrard (Seine-Saint-Denis) où elle est restée cinq jours. Non pas en fonction de sa pathologie (dépression) mais de son lieu d’habitation. Surprenant non ? Un récit kafkaïen... (* le nom par souci de confidentialité a été changé)

À peine arrivée au sein de l’hôpital, j’ai été dépossédée de tous mes vêtements et affaires personnelles. Ma première surprise a été de constater que les malades étaient quasiment tous vêtus de pyjamas, ils et elles déambulaient lentement dans les couloirs de l’hôpital.

Mon cerveau, devenu très confus à cause de la prise du traitement médicamenteux, me permettait encore de faire le constat que ma place n’était pas ici et que mon mal-être ne serait que plus important en sortant de cet endroit déshumanisé où j’errais toute la journée dans une oisiveté totale.

Manque de moyens criant

Rapidement, j’ai souhaité une diminution de mon traitement. Celui-ci me créait des difficultés d’élocution ainsi que des troubles de la vision. Un médicament correcteur m’a été administré afin de retrouver la maîtrise de ma langue qui se dirigeait sur le côté sans que je puisse la contrôler. Un peu plus tard, lorsque j’ai émis de nouveau le souhait de réduire mon traitement, une aide-soignante m’a répondu : « Si vous ne prenez pas les gouttes prescrites, elles vous seront injectées. » J’ai donc décidé de les renverser en même temps que mon verre d’eau afin de faire diversion.

Les seules activités mises à notre disposition étaient quelques jeux de sociétés et une table de ping-pong… Le manque de moyens était criant. L’insuffisance de personnel en capacité de porter des projets me semblait incroyable. Aux dires d’une éducatrice : « Nous ne faisons pas d’activité car, lorsque nous en proposons, personne ne semble intéressé. » Bien entendu, les activités demandent un encadrement, les patients et les patientes ne peuvent être force de proposition, handicapés par la pathologie qui les affecte et assommés par les médicaments. Il suffit d’observer ce qui est mis en place à La Borde [1].

Evidemment, il est plus aisé de s’en remettre à la passivité des patientes et des patients que de contester un système défaillant où le manque de moyens est ahurissant et où le seul remède aux pathologies psychologiques semble être la camisole chimique.

« Elle est très bien ici »

La peur m’a envahi entièrement lorsque j’ai entendu les hurlements et coups de tête d’une patiente sur la vitre d’une cellule d’isolement carrelée d’environ 2 m2. Elle y avait été enfermée afin de ne pas déranger les patients. Belle thérapie, l’enfermement décuplait ses angoisses. À tel point qu’en sortant de la cellule son front était tout bosselé par les coups de tête donnés contre les murs…

J’ai tenté d’intervenir auprès d’un soignant, mais celui-ci me répondit illico que je n’avais pas à donner mon avis.

Je réussis à prendre contact avec mon amie afin qu’elle recherche une clinique où je pourrai me reposer et occuper mes journées intelligemment. Le psychiatre qui me suivait (2 pour environ 25 patients) me dissuadait de rencontrer la psychiatre et la psychanalyste que je voyais à l’extérieur sous prétexte que la prise en charge au sein de l’hôpital était suffisante. Et il s’est permis de dire à mon amie que je me trouvais « très bien ici », ce qui était bien sûr totalement faux.

La psychiatrie reste le parent pauvre de la médecine déjà très en difficulté dans le secteur public. Il n’y a que si vous possédez des moyens financiers suffisants que vous serez accueilli en clinique et que vous pourrez vous faire soigner dans une structure plus humaine comme ce fut mon cas grâce à l’aide financière de mon amie. Une hospitalisation de dix jours en clinique nous a coûté la modique somme de 1 200 euros.

Je ne me fais aucune illusion sur l’avenir de l’hôpital psychiatrique. Une société qui a fait le choix de placer le profit au-dessus de la prise en compte des souffrances humaines nous promet des dérives bien pires que celles que je viens de vous raconter. Ajoutez à cela le manque de revendications d’une partie du corps soignant et de la population en règle générale, vous obtiendrez une société ultra libérale où l’humain ne représente plus qu’une marchandise à jeter lorsqu’il est malade et non productif.

Cécile

[1La clinique de La Borde se trouve dans le Loir-et-Cher et s’inspire des principes de la psychothérapie institutionnelle. Elle est accessible à tous (avec ou sans moyens financiers) et les patientes et les patients, entourés du personnel soignant, font du théâtre, préparent les repas…

 
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