Politique

Echos d’Afrique : La République face à ses archives

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Le chercheur François Graner a très récemment pu avoir accès aux archives présidentielles de François Mitterrand sur le génocide des Tutsis qui a fait plus de 800 000 morts en 1994 au Rwanda.

Le chercheur François Graner a très récemment pu avoir accès aux archives présidentielles de François Mitterrand sur le génocide des Tutsis qui a fait plus de 800 000 morts en 1994 au Rwanda.

Pour rappel, un régime extrémiste y avait prémédité, organisé et exécuté l’assassinat d’une partie de sa population (hommes et femmes, enfants et vieillards…) qui étaient désignés comme «  tutsi  ». Or la France était alliée de ce régime, et elle a soutenu ces extrémistes hutus avant, pendant et après le génocide, en connaissance de cause… se rendant donc juridiquement complice.

Les archives consultées par F. Graner confortent et consolident cette accusation portée contre l’Etat français, et particulièrement contre une poignée de décideurs  : François Mitterrand en premier lieu, ainsi qu’un petit cercle de conseillers militaires et politiques. Ceux-là partageaient une vision de la politique africaine de la France  : le soutien aux régimes fidèles est plus important que n’importe quelle autre considération.

Cc Wikimedia commons

Entre 1990 et 1994, le régime rwandais en guerre n’a tenu que grâce au soutien français  ; tout en préparant le génocide au vu et au su des conseillers français. Mais «  lâcher  » un allié était hors de question, même si le prix se paie en centaines de milliers de vies innocentes.

État aveugle face à l’horreur

Mitterrand et ses conseillers savaient pertinemment ce qu’il se passait  ; mais leur choix a été d’ignorer toutes les alertes internes ou externes à l’État et à l’armée. C’est bien là la leçon la plus grave et inquiétante à tirer de ce sinistre héritage  : les rouages de la Ve République permettent à un président et à une poignée de conseillers de passer outre tous les contre-pouvoirs, toutes les alertes, toutes celles et ceux qui ont voulu empêcher la France de soutenir les génocidaires.

Aujourd’hui, alors que plus aucun doute sérieux ne pèse sur les responsabilités françaises, la justice refuse toujours d’interroger les principaux responsables ; l’État n’a officiellement reconnu que «  des erreurs  » (de la bouche de Nicolas Sarkozy en 2010) mais aucune responsabilité. Plus grave, les mêmes idéologies prévalent toujours dans la politique africaine de la France  : la stabilité des alliés de Paris est toujours LA priorité (Tchad, Cameroun, Togo, Égypte, etc. autant de pays alliés où les droits des peuples sont régulièrement piétinés sans aucun effet sur les relations diplomatiques).

Les conséquences de cette politique ont été les plus extrêmes au Rwanda en 1994, mais de nombreux autres exemples ont depuis confirmé ce fait  : l’État français n’a aucune considération pour les vies africaines  ! Et si des «  alliés  » reprenaient demain un chemin similaire à celui du Rwanda de 1990, on ne peut que redouter le maintien du soutien français. Seul élément à faire la différence  : beaucoup plus de Français⋅es sont aujourd’hui sensibilisé⋅es à la Françafrique et à ses dérives. Mais cela fera-t-il le poids face à l’État ?

Noël Surgé

 
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