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Lire : Zetkin Collective, « Fascisme fossile »

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La lutte antifasciste est une lutte écologique, et pas seulement parce que se débarrasser des fascistes, c’est bon pour notre environnement politique et social, mais bien parce qu’il existe un lien viscéral entre la défense des énergies fossiles et les politiques racistes, bellicistes, nationalistes et autoritaires propres au fascisme.

C’est la thèse du Zetkin Collective (hommage à Clara Zetkin, militante marxiste et féministe auteure d’une des premières études sur le fascisme en 1923), groupe de scientifiques et d’activistes qui est à l’origine en 2019 de la première conférence internationale sur les écologies politiques de l’extrême droite.

Partant du constat de la simultanéité entre montée de l’extrême droite et dérèglement du climat, le collectif Zetkin cherche à voir si derrière cette concomitance il y aurait une quelconque causalité et traque les liens, historiques et présents, entre l’extrême droite et la question climatique.

Or noir et race blanche

Les auteur·es analysent dans une première partie la conjonctures actuelles des politiques climatiques et nationalistes. Deux schémas s’en dégagent : un climato-scepticisme nationaliste virulent à la sauce Bolsonaro et, à l’opposé, à l’image du parti les Vrais Finlandais, une reconnaissance de la crise climatique qui vient opportunément conforter leur racisme, la nation blanche constituant selon leurs discours le meilleur des boucliers pour l’affronter.

Dans la seconde partie, les auteur·es cherchent à donner un sens à tout cela en se livrant à un exercice de modélisation climato-politique qui s’appuie sur une comparaison des discours et politiques des mouvements d’extrême droite actuels d’avec leur forme classique européenne de l’entre-deux-guerres. Il en ressort d’une part que blanchité et hydrocarbures vont de pair depuis longtemps, qu’il existe un lien structurel entre la politique coloniale raciste et l’exploitation du pétrole. Par delà l’aspect colonial, les auteur·es affirment que «  la politique climatique de l’extrême droite s’est développée conjointement à certains intérêts matériels persistants des classes dominantes  ».

Ainsi cet ouvrage appelle à la vigilance. S’il n’est pas possible de décrire l’avenir, on peut, à la lumière de ce que nous présentent les auteur·es du lien entre politiques climato-sceptiques et extrême droite, imaginer que l’abandon des énergies fossiles ne se fera pas sans des confrontations violentes et brutales. Loin d’être une nouvelle lutte dont le caractère universel abolirait les frontières nationales et sociales, ce que les auteur·es caractérisent comme une illusion «  post-politique  », la lutte pour le climat en­tre directement en opposition avec des intérêts de classe dont l’extrême droite, qui entend en profiter, se posera toujours en défenseure.

David (UCL Grand Paris Sud)

  • Zetkin Collective, Fascisme fossile. L’extrême droite, l’énergie, le climat (coordonné par Andreas Malm), traduit de l’anglais par Lise Benoist, La Fabrique, octobre 2020, 368 pages.
 
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