Politique

Inégalités : Le 93, champion de la surmortalité

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Une analyse de l’organisme gouvernemental ONS (Office of National Statistics) révèle qu’au Royaume-Uni, face au Covid-19, ce sont les zones les plus défavorisées qui ont eu les plus hauts taux de mortalité. De plus, les personnes racisé⋅es auraient plus tendance à développer des symptômes graves au contact de la maladie. Un débat a été lancé sur ces questions, notamment sur les moyens à mettre en œuvre pour protéger les personnes les plus à risque. 

Le constat est clair. Au Royaume-Uni, d’après l’ONS, une personne a plus de chance de mourir du Covid-19 si elle vient d’une zone défavorisée que si elle vient d’un quartier riche. De plus, en se basant sur des statistiques ethniques, il apparaît très nettement que les personnes appartenant à la catégorie « BAME » (noirs, asiatiques et minorités ethniques) sont davantage touchées mortellement par la maladie que les personnes blanches, cette tendance est encore plus exacerbée pour les hommes. Ainsi, lors de l’épidémie, un homme noir a eu une probabilité quatre fois plus grande de mourir qu’un homme blanc.Les inégalités sociales semblent jouer un rôle dans ces résultats mais pas seulement.

En procédant à un rééquilibrage statistique sur ces facteurs, il apparaît toujours une surmortalité chez les populations noires et originaires du sous-continent indien.Du côté des autres causes, sont envisagées la sur-représentation des racisé⋅es dans les métiers dits de « key workers » (travailleurs essentiels), plus exposés à l’épidémie. Enfin, les inégalités de santé préexistantes à l’épidémie ont joué un rôle, les « BAME » sont plus atteints par le diabète ou les maladies cardio-vasculaires, facteurs aggravants dans le cas du Covid-19.

En France, dans le 93, une surmortalité qui pose questionLa Seine-Saint-Denis est le département francilien qui a enregistré la plus grande surmortalité de sa population durant l’épidémie. Si on compare les mois de mars-avril 2020 aux mois de mars-avril 2019, le nombre de décès y a augmenté de près de 130 %. En comparaison, le nombre de décès à Paris a augmenté de 90 % et en Seine-et-Marne de 65%.Département le plus pauvre de la métropole, le 93 concentre une grosse partie des travailleuses et des travailleurs essentiels d’Île-de-France, presque 19 % des caissières, des caissiers, des vendeuses et des vendeurs, et 21 % des livreurs et livreuses y résident. De plus la population du département, largement issue de l’immigration, a des taux de diabètes et de maladies respiratoires chroniques élevés.

Inégalités socio-économiques, origines ethniques et niveaux d’exposition au virus sont des facteurs qui sont corrélés les uns aux autres et qui semblent augmenter le risque de mortalité face au covid-19. Au Royaume-Uni, la question de la protection des personnes à risque commence à être débattue, notamment au travail. Pour l’heure en France, le flou demeure car les données manquent. Face à l’incertitude de l’arrivée de nouvelles vagues de contamination, il apparaît urgent de s’emparer de la question.

Simon - UCL Pantin

 
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